Agriculture

Promouvoir l’agribusiness chez les femmes et les jeunes

Dans toute l’Afrique, la production alimentaire est faible, les pertes après récolte importantes, principalement en raison du manque de valorisation et de suivi des bonnes pratiques de manutention post-récolte. Il ne fait pourtant aucun doute que le continent dispose des ressources appropriées et d’un avantage comparatif pour accroître sa production et passer des produits primaires à des produits finis à plus haute valeur. Cette transition génèrerait de meilleurs rendements et créerait des emplois tout au long de la chaîne de valeur.

J’ai décidé d’étudier l’économie agricole à l’université d’Ibadan, au Nigéria : ce secteur m’intéressait et je savais les nombreuses possibilités de l’agriculture et de l’agribusiness en Afrique. Pendant mes études, en 2015, j’ai fondé une agro-entreprise, Tolulope Foods and Farms, pour dans la transformation du manioc – dont le Nigéria est le plus grand producteur au monde. Mon entreprise transforme le manioc en garri, un produit alimentaire de base dans le pays, puis le conditionne et le vend sous la marque « Mygari ».

Avant de me lancer sur ce marché, j’ai étudié en profondeur le secteur et, en 2016, j’ai mené une recherche académique sur la perception du consommateur et sa volonté de payer pour du garri conditionné. L’étude a révélé que 73 % des personnes interrogées étaient prêtes à payer – en fonction du prix, de la qualité et de l’accessibilité. Comme j’ai l’ambition de contribuer à atténuer la pauvreté à travers l’industrialisation agricole et que j’aimerais que l’Afrique produise non seulement de quoi nourrir sa population, mais aussi le reste du monde, j’ai lancé mon agro-entreprise.

Avec Tolulope Foods and Farms, j’ai créé des emplois dans le traitement du manioc pour les femmes des régions rurales. J’ai enregistré de beaux succès avec cette marque : elle m’a permis de relever le défi de la participation durable des jeunes à l’agriculture, ainsi que d’améliorer la sécurité alimentaire et de m’attaquer aux carences nutritionnelles, à la faim et à la pauvreté extrême. L’initiative a depuis évolué : elle entend désormais améliorer les moyens de subsistance et le statut nutritionnel des communautés rurales, en particulier des femmes, des enfants et des jeunes. Aujourd’hui, j’emploie 50 femmes des régions rurales, leur permettant ainsi d’envoyer leurs enfants à l’école grâce à la hausse de leurs revenus.

Aider d’autres agripreneurs

Ces dernières années, je me suis impliquée activement dans des activités en lien avec l’agribusiness. J’ai notamment créé des plateformes pour former les jeunes et leur offrir des possibilités de revenus. J’ai aussi développé de nouvelles techniques de transformation agricole et encouragé les communautés locales de petits exploitants à les adopter. Parmi mes innovations, j’ai développé en 2017 un séchoir solaire à faible coût pour une communauté de cultivateurs de maïs à Ikenne, dans l’Etat d’Ogun. Cette technologie abordable permet de valoriser la plante en la séchant. Les produits ainsi obtenus sont vendus à des entreprises de production de céréales ou à des provenderies. Les petits exploitants ont dès lors vu leurs revenus augmenter et leurs conditions de vie s’améliorer. A la suite de ma propre formation aux bonnes pratiques agronomiques auprès d’organisations agricoles, j’ai moi-même formé 10 groupes d’agriculteurs (125 petits producteurs au total) sur le même sujet. J’ai aussi créé le premier groupement agricole de jeunes à Ibara-Orile, dans l’Etat d’Ogun, en 2018. Ce groupe, composé de 10 membres, a produit de grandes quantités de manioc, maïs, soja et graines de sésame sur les 20 ha de terres qui lui avaient été allouées, dans le cadre d’un projet pilote. Cette surface devrait être élargie à 50 ha d’ici juin 2019, ce qui permettra de doubler le nombre de jeunes bénéficiaires.

Promouvoir l’entrepreneuriat des jeunes

Sur les réseaux sociaux, j’encourage les jeunes à se lancer dans l’entrepreneuriat agricole. Je souhaite inciter les jeunes et les candidats agripreneurs à tirer profit des opportunités existantes tout au long de la chaîne de valeur agricole. Mes efforts ne sont pas passés inaperçus : en janvier 2019, j’ai reçu le prix #AgTwittercup2018 du meilleur défenseur de l’agriculture sur les réseaux sociaux, dans les catégories « Femmes » et « Individuel ».

Déterminée à promouvoir l’agriculture et l’agribusiness parmi les jeunes, je soutiens actuellement l’initiative Youth Agvocates Nigeria (YAN), qui organise une conférence annuelle réunissant de jeunes agriculteurs, professionnels et experts du secteur pour discuter des défis majeurs qui font obstacle à la participation des jeunes à l’agriculture. Durant ces événements, les participants réfléchissent à des solutions concrètes, qu’ils partagent ensuite avec les intervenants concernés pour susciter des changements dans le secteur.

En reconnaissance de mes efforts pour la réalisation des Objectifs de développement durable (ODD) Faim « zéro »Pas de pauvretéEnergie propre et d’un coût abordable, et Travail décent et croissance économique, j’ai eu l’honneur de faire partie des 12 candidates sélectionnées pour le concours 2019 « SDGs and Her ». Ce concours international en ligne est une initiative conjointe du Groupe de la Banque mondiale, du Zicklin Center for Business Ethics Research de la Wharton School, du Programme des Nations unies pour le développement et d’ONU Femmes. Il récompense les activités menées par des femmes qui soutiennent les ODD à travers l’entrepreneuriat.

Bien que je rencontre encore des difficultés, comme le manque de moyens financiers, je reste très attachée à promouvoir la participation des jeunes à l’agriculture. A l’avenir, j’espère développer mes initiatives au sein d’un groupe agricole de jeunes totalement mécanisé, utilisant l’énergie renouvelable et réunissant des jeunes qui dirigent des agro-entreprises prospères. A travers ces efforts, mon objectif est de promouvoir le programme de transformation agricole en Afrique, ainsi que l’industrialisation du secteur agricole africain.

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