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Données ouvertes pour l’agriculture : améliorer la relation entre chercheurs et fournisseurs de données météorologiques

La météo représente la plus grande chance, mais aussi la plus grande menace, pour le secteur agricole. Le changement climatique présente des risques majeurs pour la sécurité alimentaire à long terme et les pays en développement risquent de pâtir le plus de la baisse des rendements et de la fréquence accrue des phénomènes météorologiques extrêmes.

Le Zimbabwe comptait, selon le département national des services météorologiques (MSD), 2 000 stations météorologiques et une station de recherche météorologique dans chacun des huit principaux centres de recherche. Toutefois, les résultats des recherches annuelles montrent une absence de corrélation entre données météorologiques et résultats de recherche, alors même que cette corrélation est essentielle pour relever les défis météorologiques auxquels les petits agriculteurs du pays se trouvent confrontés. Cette absence de corrélation pourrait s’expliquer par le manque de connaissances en matière d’analyse des données météorologiques relatives à la croissance des cultures.

Les principes des données ouvertes, qui exigent que les données soient « FAIR », c’est-à-dire faciles à trouver, accessibles, interopérables et réutilisables, sont méconnus au sein du MSD. Afin de remédier à cette situation, un atelier de formation de deux jours a été organisé par le Département de la recherche et des services spécialisés (DR&SS), un des départements du ministère zimbabwéen des Terres, de l’agriculture, de l’eau, du climat et de la réinstallation rurale, en partenariat avec le CTA dans le cadre de son projet GODAN Action (Global Open Data for Agriculture and Nutrition) les 26 et 27 novembre 2018.

Le but de l’atelier était de renforcer les capacités des chercheurs afin de leur permettre d’accéder aux données météorologiques en utilisant et en partageant les résultats de la recherche météorologique avec divers intervenants, notamment les petits exploitants agricoles. L’atelier devrait surtout déboucher sur une augmentation du nombre de protocoles de recherche qui reposent sur les données météorologiques.

Vingt personnes, dont 11 femmes (55 %), ont participé à l’atelier. Les participants de cet atelier étaient :

  • des fournisseurs de données du MSD ;
  • des enregistreurs de données (travailleurs de terrain) chargés de recueillir les données sur les précipitations et la température directement depuis la station météorologique ;
  • des assistants de recherche agricole chargés de recueillir les données agronomiques ;
  • des techniciens de recherche qui réalisent des essais et aident les chercheurs ;
  • des chercheurs chargés de contextualiser les données pour leur donner un sens et fournir des informations en formulant les conclusions des études.

L’atelier

Plusieurs sujets ont été abordés lors de la formation, notamment les principes des données ouvertes, les paramètres météorologiques et le lien entre les données météorologiques et les résultats agronomiques, les avantages des données ouvertes en agriculture, la gestion et le contrôle de la qualité des données, ainsi que la visualisation des données. Seuls trois participants (13 %) avaient entendu parler de données ouvertes par le biais d’un collègue, d’Internet ou du cours en ligne GODAN Action. Parmi les participants, 77 % estimaient que les données brutes sur le terrain devraient être rendues accessibles et 96 % estimaient que le ministère devrait adopter une politique sur les données ouvertes.

Les participants ont également pris part à une activité de groupe au cours de laquelle ils ont analysé de façon critique des études de cas réalisées dans d’autres pays, dont la Colombie : « Dans nos observations, nous sommes parvenus à apprécier l’importance des informations climatiques dans la prise de décision. Auparavant, la plupart des agriculteurs avaient une propension à se tourner vers l’agriculture traditionnelle, c’est-à-dire en employant d’anciennes pratiques agricoles et en cultivant uniquement certaines variétés, car ils ne disposaient pas de données climatiques leur permettant de prendre les meilleures décisions. Cette étude nous a permis de constater que l’ensemble des données conservées en Colombie aide les agriculteurs à prendre des décisions sur les choix de culture adaptées aux saisons et sur les pratiques agricoles à adopter lors des récoltes. Ces informations joueront un rôle essentiel dans l’obtention de rendements de riz élevés, car elles permettront aux agriculteurs de comparer les performances des variétés en observant les rendements au fil des saisons. En outre, les agriculteurs pourront recourir à de nouvelles technologies agricoles qui facilitent la production et augmentent la productivité de la riziculture. »

Les participants de l’atelier ont répondu à un sondage afin de classer les principaux obstacles qui entravent la mise en œuvre des principes de données ouvertes dans la recherche. En première position, ils ont mentionné les systèmes bureaucratiques au sein des institutions gouvernementales ; suivis par les conflits d’intérêts avec les politiques nationales, le manque de logiciels et de compétences pertinents en matière de technologies de l’information et de la communication, la mauvaise interprétation des données et le manque d’avantages pécuniaires lors de la publication des données.

L’atelier a été édifiant pour John Mupuro (agrométéorologue au MSD, qui a participé à l’atelier en tant qu’animateur et stagiaire), surtout en raison de ses précédentes expériences : « De nombreuses organisations ont approché le MSD et ont encouragé le département à appliquer les principes de données ouvertes. Personnellement, je ne comprenais pas ce qu’ils voulaient dire. Cet atelier m’a ouvert les yeux et désormais, je comprends ce qu’est une donnée ouverte. Les connaissances acquises nous permettront d’être plus sensibles aux demandes des agents de recherche. J’ai également été ravi de jouer le rôle de facilitateur et de partager les sources de données dont nous disposons au Zimbabwe avec mes collègues chercheurs. »

Résultats

Le renforcement des relations entre le MSD et les agents de recherche est l’un des résultats encourageants de la formation. Le MSD s’est engagé à partager les données météorologiques tous les 10 jours, les chercheurs ont promis de soumettre fréquemment des calendriers et des journaux d’activités. Cet échange permettra aux chercheurs d’accéder à des données météorologiques actualisées, en utilisant et en partageant les résultats des recherches météorologiques avec divers intervenants, y compris les petits exploitants agricoles. Le principal résultat a été une augmentation du nombre de protocoles de recherche fondés sur les données météorologiques. Les délibérations de l’atelier contribueront également à l’élaboration d’une note d’orientation qui permettra de faire pression pour obtenir des réformes institutionnelles conformes aux principes de données ouvertes.

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