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Les plateformes et les alliances multi-acteurs font progresser l’agriculture intelligente face au climat en Afrique

L’agriculture intelligente face au climat (AIC) gagne du terrain à mesure que les pays développent des technologies et des pratiques pour lutter contre les effets du changement climatique. Si le concept d’AIC peut sembler évident, il est complexe, d’autant que la plupart des pays n’ont pas mis au point des indicateurs précis pour les technologies et les pratiques dans ce domaine. Des questions subsistent sur les aspects particuliers à l’AIC et aux pratiques spécifiques qui doivent être mises en œuvre pour qu’on puisse parler d’AIC.

C’est ici que les plateformes multi-acteurs entrent en jeu. Des organisations et des initiatives telles que le Programme de recherche du GCRAI sur le changement climatique, l’agriculture et la sécurité alimentaire (CCAFS), le Centre technique de coopération agricole et rurale (CTA), l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), le Réseau pour l’analyse des politiques sur l’alimentation, l’agriculture et les ressources naturelles (FANRPAN), le NEPAD de l’Union africaine, CARE International, Catholic Relief Services, Concern Worldwide, Oxfam et World Vision coopèrent actuellement à la mise en place des plateformes AIC multi-acteurs au niveaux international, continental et national.

L’Alliance mondiale pour une agriculture intelligente face au climat (Global Climate Smart Agriculture Alliance, GACSA) est l’une de ces plateformes. Elle a pour objectif d’améliorer l’alimentation, la nutrition, la sécurité et la résilience. L’Alliance africaine pour une agriculture intelligente face au climat (Africa Climate Smart Agriculture Alliance), créée sur le modèle de la GASCA, a été lancée pour mobiliser un soutien politique, technique et financier en faveur d’initiatives et de programmes nationaux et régionaux issus de la base et susceptibles de promouvoir la diffusion à grande échelle des pratiques d’AIC en Afrique subsaharienne.

Une série d’alliances, de partenariats et de réseaux ont ensuite été créés pour soutenir l’accélération de la diffusion de l’agriculture intelligente face au climat, au travers d’efforts de collaboration et d’expériences pratiques sur le terrain. Des pays comme la Tanzanie ont déjà mis en place une alliance nationale pour l’AIC et le Kenya, qui a lancé une stratégie d’agriculture intelligente face au climat, est en train de former une alliance nationale pour l’AIC afin de soutenir la mise en œuvre de la stratégie kenyane au niveau local.

Des approches harmonisées

Au Malawi, le Groupe de travail sur les politiques agroforestières (Agroforestry Policy Working Group, AFPWG) a été mis en place afin d’aider les petits exploitants en développant et en diffusant des pratiques intelligents face au climat dans le secteur agroforestier. L’objectif était de convaincre divers départements, ainsi que le Centre international pour la recherche en agroforesterie (ICRAF) – acteur clé du secteur de l’agroforesterie – de se joindre à l’AFPWG et de soutenir ses activités. Ce groupe de travail réunit les membres d’une série de départements, dont le soutien a été considéré comme essentiel pour promouvoir l’adoption de l’agroforesterie par les agriculteurs et les aider à se lancer durablement dans ces nouvelles activités.

  • Le département des Ressources foncières et de la conservation : son rôle a été jugé essentiel, car les arbres poussent sur les terres et le succès du secteur agroforestier dépend d’une politique favorable de ressources foncières.
  • Le département des Services de vulgarisation agricole : ce département a pour mission officielle de diffuser les informations sur les agriculteurs et aux agriculteurs.
  • Le département des Forêts : il est officiellement responsable de la gestion des forêts.
  • Le Centre de ressources foncières : il s’agit d’une institution spécialisée dans la production de semences pour l’agroforesterie.

L’objectif du groupe de travail était d’harmoniser les approches dans le domaine de l’agroforesterie et d’identifier les obstacles spécifiques au niveau des politiques qui limitent l’accès des agriculteurs à l’agroforesterie.

Cette plateforme politique a commandé une évaluation des diverses stratégies menées par les départements énumérés ci-dessus afin d’identifier les principaux aspects qui pourraient inciter ou dissuader les agriculteurs de planter des arbres sur leurs terres. Le groupe de travail a également joué un rôle essentiel en aidant les départements à évaluer les contributions et l’importance des autres départements, l’idée étant qu’ils se soutiennent mutuellement pour œuvrer conjointement à la promotion de l’agroforesterie.

Défis et enseignements

L’efficacité de ces plateformes apparaît de plus en plus clairement. Des efforts et un réel engagement de leurs membres sont toutefois nécessaires pour garantir durablement leur dynamisme et leur pertinence. Pour ces plateformes, la difficulté consiste à :

  • Maintenir une bonne dynamique entre les membres : les alliances doivent rester pertinentes et dynamiques pour permettre une participation durable et active. L’adoption d’une approche thématique pour les différents aspects de l’AIC pourraient y contribuer.
  • Assurer le financement d’activités conjointes : la durabilité des alliances a un coût et les membres doivent donc trouver des moyens pour assurer la viabilité de leurs activités
  • Gérer les attentes au niveau communautaire/local : dans certains cas, l’AIC est présentée comme la solution miracle face aux défis du changement climatique au niveau local. Il y a cependant lieu de ne pas perdre de vue la nécessité d’adapter les solutions au contexte
  • Traduire les preuves scientifiques en politiques : plusieurs initiatives de recherche testent différentes technologies et pratiques d’AIC. C’est une bonne chose, mais il faut veiller à communiquer clairement les résultats de ces études pilotes aux décideurs.

Intégrer différents types de connaissances : les alliances doivent prendre conscience du fait qu’un large éventail d’organisations et d’acteurs (par exemple, les producteurs et les organisations de producteurs) possèdent des connaissances et des compétences dans le domaine des technologies et des pratiques d’AIC, qui peuvent leur être utiles. Leurs contributions – sur le plan technologique, scientifique ou organisationnel – doivent donc être reconnues et prises en compte.

Cet article a été rédigé dans le cadre d’une initiative menée par le CTA visant à documenter et à partager les connaissances exploitables sur les approches agricoles efficaces pour l’agriculture des pays ACP. Il capitalise sur les connaissances, les enseignements et les expériences pratiques afin de documenter et d’orienter la mise en œuvre de projets axés sur l’agriculture pour le développement.

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