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Changement climatique en Afrique australe : savoir, c’est pouvoir

Quand il est devenu agriculteur en 2001, Phineas Muyabi, originaire du district de Chibombo en Zambie, a eu longtemps les plus grandes difficultés à produire suffisamment pour subvenir aux besoins alimentaires de sa famille. Des sécheresses ont détruit ses récoltes et sa famille a donc dû compter sur l’aide alimentaire pour survivre.

Les choses sont toutefois en train de changer car Phineas Muyabi bénéficie depuis cette année du projet phare du CTA en faveur de l’Afrique australe : « Déployer à plus grande échelle des solutions d’agriculture intelligente face au climat pour les agriculteurs et les éleveurs d’Afrique australe ».

Grâce à ce projet, il reçoit régulièrement sur son portable des alertes météorologiques et des conseils agricoles et sait ainsi quand il doit semer, comment limiter les dégâts provoqués par le légionnaire d’automne, comment réduire les pertes post-récolte et quand envisager la vente de ses récoltes. « Savoir, c’est pouvoir », affirme Phineas Muyabi. « Et cela m’aide à améliorer la productivité de mes terres. »

Au cours de la première année, quelque 75 000 petits agriculteurs du Malawi, de Zambie et du Zimbabwe ont bénéficié de ce projet du CTA. D’ici la fin de celui-ci, au début 2020, 140 000 agriculteurs devraient avoir adopté une série de stratégies intelligentes face au climat, qui les aideront à faire face aux sécheresses et à l’imprévisibilité du climat. « Nous sommes bien conscients de la problématique du changement climatique et nous en connaissons bien les causes, mais nous devons cesser de parler uniquement en termes de problèmes », déclare Oluyede Ajayi, coordinateur principal de programme pour la politique agricole et de développement rural au CTA.

Améliorer la sensibilisation à l’agriculture intelligente face au climat

Afin d’améliorer la sensibilisation à la nécessité d’utiliser des semences résistantes à la sécheresse en Zambie, la Zambia Open University a organisé, au cours de la première année du projet, des foires aux semences dans les 12 districts couverts par le projet. Ces foires ont offert une plateforme d’échange aux entreprises semencières commerciales, aux négociants agricoles, aux agents de vulgarisation et à plus de 3 500 agriculteurs. « Nous avons été très heureux d’y être invités », explique John Muzondiwa, représentant commercial technique chez Pannar Seeds, le deuxième fournisseur semencier du pays. « Ces événements sont un excellent moyen de rencontrer un grand nombre d’agriculteurs et de leur parler de produits comme les variétés de maïs résistantes à la sécheresse. »

Les négociants agricoles, qui jouent un rôle important en approvisionnant les agriculteurs locaux en intrants, ont également reconnu les avantages de ces foires. « La foire aux semences organisée ici nous a appris énormément de choses. Je suis à présent bien mieux placé pour conseiller les agriculteurs sur le type de semences et d’intrants à acheter, en fonction de leurs besoins et du type de sol », indique Changwe Nkonda, négociant en produits agricoles dont l’entreprise est basée dans le district de Chibombo.

Tirer parti des succès engrangés au Zimbabwe

Le projet du CTA ne fournit pas seulement des alertes météorologiques et des conseils agricoles aux agriculteurs. Il leur fait aussi connaître l’assurance basée sur un indice climatique afin de les aider à atténuer l’impact du changement climatique. Les agriculteurs qui ont souscrit ce type d’assurance sont ainsi indemnisés en cas de mauvaises récoltes ou de pertes consécutives à des précipitations trop faibles ou trop abondantes. La promotion de cette assurance auprès des agriculteurs a été un volet clé des activités du projet au Zimbabwe, où celui-ci a pu tirer parti des services offerts depuis 2013 par la Zimbabwe Farmers Union (ZFU) et Econet Wireless – premier groupe de télécommunications du pays. Ces organisations ont créé un produit d’assurance indicielle baptisé EcoFarmer, qui permet aux agriculteurs d’assurer leurs cultures contre le risque de précipitations et de journées de sécheresse excessives pour seulement 2,50 dollars (2,19 euros) par an.

Grâce au soutien du CTA, aWhere – une entreprise de gestion de données qui recueille des informations climatiques par satellite – s’est associée à la ZFU et à Econet Wireless afin de fournir aux assurés des informations météorologiques plus ciblées et fiables. Le produit est aujourd’hui commercialisé sous le nom de ZFU Eco-farmer combo. Accessible au prix de 1 dollar (0,88 euro) par mois, il fournit aux assurés, en plus de tous les services liés à la précédente police, des informations gratuites sur les semences de maïs résistantes à la sécheresse, des conseils agricoles et des informations et alertes météorologiques en temps réel. Fin juillet 2018, plus de 10 725 agriculteurs avaient souscrit au ZFU Eco-farmer combo.

« Ces SMS me sont très utiles », explique Winnieildah Hamamiti, une agricultrice du Mashonaland West. « Le fait de savoir quand la pluie va tomber, quand je dois semer et épandre des engrais m’a aidée à améliorer mes rendements. »

État des lieux

Depuis le lancement du projet, un peu moins de 50 000 agriculteurs ont bénéficié des services météorologiques et des conseils par SMS, et quelque 10 000 agriculteurs ont reçu des informations sur les semences résistantes à la sécheresse. Plus de 400 négociants agricoles ont aussi été formés aux pratiques agricoles intelligentes face au climat et les agriculteurs sont de plus en plus nombreux à souscrire une assurance basée sur un indice climatique.

Le succès du projet s’explique en grande partie par la qualité de la collaboration entre les secteurs public et privé. Comme le souligne M. Ajayi, il arrive trop souvent que les projets de de développement s’essoufflent une fois le soutien financier des donateurs terminé. « Nous voulons que cela change », explique-t-il. « Et l’un des meilleurs moyens pour y parvenir, c’est de mettre en place un partenariat solide fondé sur un dossier d’investissement en béton qui tient compte des intérêts des partenaires déjà présents avant le projet et qui continueront à s’impliquer après. Si les entreprises actives dans le secteur de la fourniture d’intrants agricoles et dans le secteur de l’assurance ont un intérêt financier dans le projet, il y a beaucoup plus de chances que celui-ci ait toujours un impact, au-delà de sa durée de vie. »

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