A la uneEnvironnementFlash InfoGestion durable des terres

Récupération des terres dégradées : A Betta, l’AIDMR mise sur l’agroécologie

Depuis sa création en 1993, l’association interzone pour le développement en milieu rural (AIDMR) œuvre dans la diffusion des pratiques de l’agroécologie et le renforcement des capacités des paysans pour la gestion des ressources naturelles. Des pratiques qui devraient permettre aux paysans de garantir l’autosuffisance alimentaire tout en assurant leur autonomie. L’association a été reconnue officiellement en 2001.

Faire pousser un bananier sur une roche latéritique. L’idée est folle, mais Ablassé Compaoré a réussi cette prouesse. Convaincu que « c’est par le travail de l’homme que nous pouvons redonner vie à nos sols », cet amoureux de la nature, grâce à plusieurs techniques de régénération des terres a réussi à récupérer sur le site de « Tangzougou (sur la colline traduit de la langue locale mooré) situé dans le village de Betta à une trentaine de km de Ziniaré (50 km de Ouagadougou) un espace de 5 ha considéré comme le premier écovillage du Burkina. « Lorsqu’en 2006, nous avions dit que nous voulons cet espace pour la régénérer et mener nos activités, les villageois ont pensé que nous étions fous. Personne ne pensait que cela était possible tant l’espace était caillouteux », explique Ablassé Compaoré. « Mais nous savions ce que nous voulions faire. Et aujourd’hui, voici le résultat », poursuit-il. Pour y arriver, il a fallu non seulement du courage, de la folie, mais surtout les techniques de récupération des terres notamment « les cordons pierreux, les demi-lunes, les zaï, la plantation des andropogons pour renforcer les cordons pierreux et surtout la plantation des arbres ».

Ablassé Compaoré, coordonnateur de l’AIDMR, dans la ferme expérimentale de Tangzougou

Aujourd’hui, avec une superficie de 5ha, le site de « Tangzougou » est équipé d’un bâtiment principal en voute nubienne, de cases d’accueil, de sanitaires, d’une étable pour les bovins et ovins et d’un périmètre maraicher et céréalier irrigué par un forage muni d’une pompe solaire. Toute l’électricité des installations est fournie par des panneaux solaires. Sur un 2e site de la même superficie appelé « koom nonré (au bord de l’eau traduit de la langue locale mooré) » installé à la lisière du barrage de Ziga, M. Compaoré et les siens pratiquent l’agroécologie et produisent des mangues, de la goyave, de la banane, de la papaye, du moringa, du manioc, de la patate douce, etc. A la tête de l’association interzone pour le développement en milieu rural (AIDMR), M. Compaoré et son équipe font de la récupération des terres dégradées et la diffusion de l’agroécologie leur cheval de bataille. Leurs zones d’intervention : l’Oubritenga, le Bam, le Namentenga, la Gnagna, le Ziro, le Yatenga, le Passoré et le Sanmatenga.

En clair, l’AIDMR forme des paysans ainsi que des animateurs endogènes en agroécologie qui, à leur tour, transmettent les connaissances acquises à d’autres paysans pour leur permettre d’assurer une production saine et rentable. « Nous avons travaillé dans de nombreux groupements et nous nous sommes rendus compte que le meilleur outil pour former les paysans, c’est la pratique, les démonstrations. C’est pourquoi, nous avons décidé en 2006 de créer au nom de l’association une ferme-école pour montrer toutes les techniques d’agriculture à nos membres », relate M. Compaoré. Au cours des formations, l’AIDMR aborde avec ses membres les questions de production de compost et autres techniques de fertilisation, les cordons pierreux et autres techniques de lutte antiérosive, la lutte biologique et les traitements phytosanitaires naturels, l’association des cultures, le reboisement, l’arboriculture et l’élevage. « Nous pensons qu’en formant les paysans sur ce site, nous arriverons à les convaincre de façon concrète qu’on peut récupérer tous sortes de sol », ajoute-t-il assurant que les participants aux formations repartent de ce site convaincus et s’engagent par conséquent à diffuser les pratiques dans leurs localités respectives.

Dans la ferme de Betta, l’AIDMR associe l’élevage

Pour un certain nombre de paysan, l’association les aide à construire des ilots, une technique qui consiste à associer la production végétale et celle animale sur un espace de 2500 m2. « Nous clôturons l’espace et nous y mettons tous les équipements nécessaires. Dans cet espace, le paysan qui a reçu la formation sur la technique de l’agroécologie va mettre en pratique tout ce qu’il a appris. Ces ilots sont en quelques sortes des fermes de référence », explique Lenglengué K. Christian, responsable du suivi-évaluation des activités de l’AIDMR. Ce dernier soutient que l’agroécologie est « une éthique de vie ». « C’est un mode de vie. Quelqu’un qui veut faire de l’agroécologie doit changer sa mentalité », martèle l’étudiant en science économique et gestion dont la passion est ce type d’agriculture.

Lenglengué K. Christian, responsable du suivi-évaluation des activités de l’AIDMR

Propriétaire d’un ilot, Amado Lenglengué se dit fier aujourd’hui d’avoir bénéficié de la formation de l’AIDMR pour développer ses activités. « Grace aux techniques que j’ai apprises, j’ai pu cultiver dans mon champ des ignames, de la patate, du mil, du haricot, de la banane et autres. Egalement, je fais de l’élevage comme on me l’a recommandé », narre le sexagénaire. Au titre des résultats, les responsables de l’association affirment avoir reboisé 104 ha, récupéré 9 ha, doté 22 femmes de séchoir solaire et plus de 250 femmes de foyers améliorés, appuyé plus de 100 paysans en matériel et sensibilisé plus de 100 élèves et étudiants en agroécologie. Les retombées pécuniaires sont utilisées pour le fonctionnement de l’association. Même si les résultats sont impressionnants, l’AIDMR est confrontée à un certain nombre de difficultés qui limitent ses actions. Entre autres, il y a l’insécurité dans certaines de ses zones d’intervention, l’insuffisance de moyens matériels et financiers ainsi que le manque d’eau dans certains ilots. Au Burkina Faso, la dégradation des terres touche 34% du territoire national soit 99 234 000 ha. Une progression estimée à environ 105 000 à 250 000 ha par an ces 10 dernières années. Face à ce désastre écologique, l’Initiative de la grande muraille verte pour le Sahara et le Sahel (IGMVSS) née en 2005 mène des actions pour inverser la tendance. C’est dans ce sens qu’elle appuie toutes les initiatives dont celles de l’AIDMR qui œuvrent dans la régénération du couvert végétal. Ablassé Compaoré affirme que les services de l’environnement à travers l’IGMVSS apportent un appui non négligeable dans la vulgarisation de l’agroécologie.

Par Daouda KINDA

Comment here