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Saidou Ouédraogo dit « le jeune » : cet autre « Yacouba Sawadogo » « fou » de la nature

Dans la commune de Zitenga, Saidou Ouédraogo, 60 ans,mène depuis 2009 plusieurs actions dans le cadre de la récupération des terres dégradées dans sa localité. Grâce à plusieurs techniques qu’il met en pratique, le sexagénaire a pu redonner vie à 6 ha jadis dénudés dans le village de Kamnogo.
L’homme a la barbe blanche, mais il se fait appeler « le jeune » en raison de la force qu’il déploie au quotidien dans sa « mise en défens ». Ses actions sont reconnues et saluées par tous. S’il force l’admiration et a de l’aura aujourd’hui, c’est grâce à sa mise en défens de 3 ha réalisée depuis 2009 dans ledit village. A quelque chose malheur est bon, a-t-on l’habitude de dire. En effet, c’est suite à une mésaventure que « le jeune » s’est lancé dans cette action de récupération des terres dégradées. « J’ai contracté un prêt pour la culture maraichère. Malheureusement, la campagne n’a pas été fructueuse cette année-là. Et je n’étais pas à mesure de régler ma dette>>, se remémore le sexagénaire. <<Je me suis retiré sur la colline pour échapper à mes créanciers. Je taillais les pierres que je commercialisais..Les gens croyaient que j’étais fou alors qu’en réalité je fuyais mes créanciers>>, ajoute M. Ouédraogo. C’est dans ces conditions que l’ancien maraîcher a croisé le chemin de l’ONG Tiipalga (New tree), créée en 2006 et qui concentre ses actions dans la gestion durable des ressources naturelles et la lutte contre la pauvreté par la promotion des activités génératrices de revenus (AGR). <<J’ai formulé une demande d’appui pour le reboisement et la récupération des sols mais au départ les responsables de l’ONG étaient septiques. Avec la détermination et les efforts que je fournissais, la confiance s’est installée et ils se sont engagés à m’accompagner dans mon action», déclare M. Ouédraogo.

Saïdou Ouédraogo utilise plusieurs techniques dont les cordons pierreux …

Les premières années sont très pénibles pour « le jeune » car il a dû se battre seul pour régénérer ce sol dégradé et aride à travers plusieurs techniques notamment les cordons pierreux, la technique du zaï, les demis lunes, le reboisement et la régénération naturelle. M. Ouédraogo déclare s’être armé de courage, de persévérance et de patience pour atteindre ses objectifs. « On récolte les fruits de son activité, dans le travail et la ténacité. Seule la paresse peut nous empêcher d’atteindre nos objectifs», martèle-t-il. Aujourd’hui, l’homme est devenu un véritable « gentleman farmer » qui arrive à tirer son épingle du jeu. Dans sa mise en défens jadis aride, on trouve une soixantaine d’espèces végétales dont du moringa, des baobabs,des manguiers,de la gomme arabique et des goyaviers.

…les demis lunes et le zaï

A côté des végétaux, M.Ouedraogo pratique l’élevage et l’apiculture.En dix années d’activités il est parvenu à faire émerger un oasis sur cette colline où personne n’osait s’aventurer.Et c’est tout « bénef » pour lui. <<Je vends du fourrage, des animaux, du miel, de la gomme arabique,des céréales et même des pierres.La liste est longue.Je ne regrette pas mon action car j’arrive à subvenir aux besoins de ma famille>>, se réjouit M.Ouedraogo considéré dans la région comme un autre Yacouba Sawadogo, prix Nobel alternatif. La mise en défens de Kamnogo attire la curiosité des chercheurs ainsi que des visiteurs nationaux et internationaux qui multiplient les excursions pour s’imprégner des réalisations et de la prouesse de ce sexagénaire.Convaincu de la détermination et des efforts de Saidou Ouédraogo, l’association Tiipaalga lui a octroyé les équipements nécessaires pour la mise en place d’une deuxième mise en défens de 3 hectares en 2018. Cet insatiable agroécologiste pense étendre son action dans d’autres localités si sa force lui permet toujours. Mais en attendant, sur le site de Kamnogo M.Ouédraogo dit faire face à un problème d’eau. Ce qui limite ses actions et handicape le bon fonctionnement de son domaine. C’est pourquoi, il sollicite l’aide des différents acteurs qui œuvrent dans la préservation de l’environnement afin qu’ils lui arrachent cette épine du pied à travers un forage. Toute chose qui devrait contribuer à booster la rentabilité de son domaine.

Par Ibrahim Kaboré

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