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Burkina : A Guiè, l’AZN « tutoie » la dégradation des terres grâce à sa technique du bocage

Le village de Guié, dans la commune de Dapélogo à une cinquantaine de kilomètre de Ouagadougou, abrite la ferme pilote de l’Association Inter-villages Zoramb Naagtaaba (AZN) qui, depuis sa création en 1990, intervient dans le développement rural à travers la restauration des sols avec un concept novateur qu’est le bocage.

Cette technique agricole est un ensemble de parcelles (champs ou prairies) de formes irrégulières et de dimensions inégales, limitées et closes par des haies vives bordant des chemins creux. Selon les premiers responsables de cette association, la préservation de l’environnement est intégrée dans l’agriculture sahélienne à travers trois axes que sont l’expérimentation, la formation et l’appui directe aux agriculteurs. Le concept est basé sur la création de périmètres bocagers dans un régime de co-propriété coutumière comprenant les parcelles privées appartenant à des agriculteurs et de commun accord gérés par une association bénéficiaire. « La ferme pilote a été aménagée en 1998 et couvre une superficie de cent hectares appartenant à vingt-trois familles d’agricultures du village de Guié. Chaque famille possède un lot de 6 champs avec comme dimensions 160m de long sur 40m de large pour chaque champs » a indiqué le directeur de la ferme pilote Saïdou Kaboré.

Les premiers responsables de l’association

Dans ce domaine, plusieurs techniques agricoles à l’instar de la pratique du zaï, la jachère, le sarclage localisé et le tallage, sont associées pour accroitre la productivité. « Nous aménageons également des routes rurales boisées et des retenues collinaires dans l’objectif de bien structurer les paysages ruraux et infiltrer massivement les eaux pluviales vers les nappes phréatiques », affirme Benjamin Kaboré, animateur au niveau de la ferme pilote. Le résultat est un environnement restauré où l’agriculture n’est plus synonyme d’érosion, où l’élevage n’est plus synonyme de surpâturage et ou les arbres et les arbustes sont harmonieusement intégrés à l’environnement.

 

Dans le centre, les élèves apprennent plusieurs techniques agricoles

L’AZN dispose aussi d’une pépinière qui produit des plantes locales et exotiques pour la confection des haies vives, des routes rurales boisées, la commercialisation et également pour l’accompagnement des agriculteurs. A l’autre bout de la ferme, Mariam Sampebgo et ses camarades mettent en sachet de la terre savamment préparée pour la production de pépinières. La responsable de la pépinière affirme que « 80% des plants que nous produisons dans la pépinière sont locaux. En ceux qui concerne la commercialisation des plantes nous avons fixé des prix forfaitaires juste pour nous permettre d’acquérir des graines exotiques comme le corossol, le fruit de la passion… Nous formons également des apprentis qui séjournent sur le site pour une période de six mois ».
Depuis 1990, la ferme pilote de Guiè a accueilli de façon informelle de nombreux jeunes qui s’y sont formés dans les domaines des pépinières, de l’élevage, de l’agriculture durable, de l’aménagement et de l’entretien d’espace rural.
Convaincus que la lutte contre la dégradation des sols n’est possible qu’avec le concours des filles et des fils de la localité, les premiers responsables de l’association ont créé en janvier 2008 un centre de Formation des Aménageurs Ruraux de Guié (CFAR) pour impliquer les jeunes de la localité dans la protection de l’environnement et la gestion durable des terres.   La formation est ouverte aux jeunes garçons et filles motivés pour la lutte contre la désertification et désirant se former et exercer dans ce domaine d’activités. L’objectif de ce centre est de donner les connaissances et les savoir-faire nécessaires sur l’aménagement du bocage dans l’espace rural sahélien, afin de permettre aux jeunes de s’insérer activement dans des actions de développement agro-sylvo-pastorales. Ce centre qui se veut être un foyer d’apprentissage, allie théorie et pratique à travers un contenu de formation novateur. « Nos apprenants reçoivent une formation qui s’articule autour de l’étude et l’aménagement bocager des zones dégradés, l’étude et la réalisation de chemins ruraux, l’étude et la réalisation de boulis, l’agroécologie, l’élevage écologique, la pépinière forestière et le reboisement, l’artisanat rural, la menuiserie, l’électricité, la mécanique et la maçonnerie », renchérit, Yacouba Ouédraogo, le directeur de l’école de bocage. Cette formation, sanctionnée par une attestation de formation en aménagement rural, se déroule en internat sur une période trois ans dont huit mois de stage dans d’autres fermes partenaires. Depuis sa formalisation en 2008, le CFAR, a formé à travers 8 promotions 82 personnes, 57 d’entre eux, sont actuellement employés dans des fermes.
Par Ibrahim Kaboré
Le Monde Rural

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