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VISION « ZERO CORVEE D’EAU »: Le combat du ministère de l’Eau pour étancher la soif des Burkinabè

Au Burkina Faso, pour donner une réponse efficace à la problématique d’accessibilité à l’eau potable, le candidat Roch Marc Christian Kaboré avait promis en 2015 l’objectif « zéro corvée d’eau » si toutefois il accédait à la magistrature suprême. L’ambition affichée était de porter le taux d’accès à leau potable à 79% à l’horizon 2020. Même si plusieurs projets et programmes sont mis en œuvre pour relever le défi, l’accessibilité des populations à l’or bleu demeure préoccupante.

Jeudi 19 décembre 2019, il est 13h. Avec d’autres journalistes, nous embarquons dans le minicar estampillé « ONEA) qui nous est affrété. Direction : Penyiri, village situé à une dizaine de kilomètres Koudougou, 3e ville du Burkina. Le chemin est court, mais l’accès à ce village est difficile surtout quand on occupe le dernier siège d’un minicar. Embuche après embuche, nid-de-poule après nid-de-poule, nous parvenons au bout d’une trentaine de minutes à Penyiri Yilou, un secteur dudit village. Depuis 2018, l’accès à leau potable dans ce secteur n’est plus une corvée. En effet, les services du ministère en charge de l’eau y ont installé un forage dont le débit est estimé à 7,12m3. Salimata, la trentaine, doit rapporter aujourd’hui 5 bidons deau dans son foyer pour les besoins de sa famille. « Jai déjà pompé 3 bidons », sempresse-t-elle de nous informer. Mariée et mère de 3 enfants, Salimata affirme que ce forage a complètement changé la vie des femmes de la localité. Elle se rappelle qu’avant la réalisation de ce forage et avec l’assèchement des puits en saison sèche, il fallait faire le tour des points d’eau des villages voisins à 3 ou 4 kilomètres pour s’approvisionner. Mais là, une préoccupation majeure les inquiétait : il sagit de la qualité de l’eau. « Les gens jetaient des déchets dans les puits, ce qui troublait la qualité de l’eau », dénonce la trentenaire. Guissou Rasanaba, un notable du village d’ajouter que «la mauvaise qualité de l’eau provoquait de nombreuses maladies dans le village ». « Avant, nous tombions fréquemment malades. A chaque fois, les enfants faisaient de la diarrhée. Et lorsque, nous nous rendions dans les centres de santé, on nous disait que cela était provoqué par la qualité de l’eau que nous buvions. Les agents de santé nous avaient même conseillé de traiter l’eau avant de l’utiliser. Mais ce forage vient nous arracher une épine du pied », assure-t-il.

Les femmes de Penyiri ont témoigné que ce forage a changé leur vie

Dans la même dynamique, Birba Alizeta salue la réalisation de ce forage qui apparait comme un sauveur qui vient étancher la soif des populations de Penyiri. « Les puits étaient éloignés. Nous nous y rendions à pied ou à vélo. Lorsque nous arrivions à avoir 2 canaris, c’était déjà un acquis », relate-t-elle. A Godé, 45 km de Koudougou dans le Boulkiemdé, pour ses besoins de maçonnerie Zongo Robert, 20 ans, vient s’approvisionner dans une borne-fontaine dont la gestion est confiée à Delphine Zongo. Par jour, le jeune homme explique qu’il peut utiliser entre 4 et 7 fûts. « Avant, il fallait se rendre à la mare à l’autre bout du village pour nous approvisionner. C’était vraiment difficile », confie-t-il. En 2017, pour mettre un terme à la corvée d’eau dans ce village d’environ 4900 habitants, le ministère de l’Eau a réalisé une adduction d’eau potable simplifiée (AEPS) composée d’un château d’eau d’une capacité de 50m3, d’un forage avec un débit de 5m3, d’un réseau de refoulement d’une longueur de 2000m, d’un réseau de distribution de 4993m.
« Avant nos femmes passaient toute la journée dans les forages ou les puits mais aujourd’hui, cela relève du passé »
Cette AEPS est également munie de 4 bornes fontaines et 10 branchements particuliers, le tout alimenté par le réseau de la Sonabel (Société nationale burkinabè délectricité) et un champ solaire de 22 plaques en alternatif.

Un château d’eau dans le village de Godé

Outre cela, l’AEPS de Godé dispose d’un local technique, d’un bureau et d’un magasin. Tanga Kaboré, employé comme chef de centre de l’AEPS doit régulièrement relever l’index des consommations afin d’adresser les factures qui siéent aux bénéficiaires. Pour disposer d’un compteur, le consommateur doit, dit-il, s’acquitter d’une somme denviron 120 000 FCFA. Florence, habitante de la localité, confie que grâce à ces réalisations elle ne rencontre plus de difficultés pour accéder à l’or bleu. Elle soutient qu’auparavant, il fallait parcourir plusieurs kilomètres pour avoir accès au précieux liquide. Rassemblés en grand nombre, les femmes du village et les notables du village témoignent ce 18 décembre 2019 leurs reconnaissances à la direction régionale de l’eau du Centre-ouest qui a piloté le projet. « Nous sommes contents. Nous avons eu de l’eau potable », ne cache pas le chef du village. « C’est une épine de moins dans la corvée deau », se satisfait Aïssata. Bénéficiaire d’un branchement particulier, Nébié Urbain ne cache pas lui aussi sa joie : « Avant nos femmes passaient toute la journée dans les forages ou les puits mais aujourd’hui, cela relève du passé car depuis que jai eu ce robinet il y a 2 ans, tout est devenu facile car à n’importe quelle heure de la journée nous avons de l’eau potable près de nous. Les femmes ne partent plus dans les puits pour s’approvisionner. Même mes voisins viennent se servir chez moi ». Mais ce chef de ménage de 12 personnes estime que les factures sont chères.

Bénéficiaire d’un branchement particulier, Nébié Urbain ne cache pas sa joie

En effet, le m3 deau est vendu à 500 FCFA. Conscient de cette situation, le ministère de l’Eau assure être dans un processus visant à réduire le coût du précieux liquide qui coûte plus cher en milieu rural qu’en milieu urbain. Delphine Zongo, la fontainière assure tout de même que sa borne-fontaine qui peut ravitailler par jour 500 personnes ne désemplit pas tant le besoin en eau est énorme. « A chaque instant, les populations viennent nombreuses pour s’approvisionner. Les populations n’ont plus de mal à faire la cuisine, les toilettes, la lessive et les travaux de maçonnerie. Nous vendons la barrique d’eau de 200 litres à 100f et le bidon de 20 litres à 15Fcfa. Je gère cette borne-fontaine il y a plus d’une année », précise-t-elle. L’école Godé A du village dispose d’un branchement privé pour les 418 élèves. Zan/Kaboré Albertine, la directrice de l’école affirme que  » ce robinet nous permet d’avoir de l’eau potable, toute chose qui nous évite beaucoup de maladies ». « De même que la concrétisation des leçons notamment dans les classes de CP (NDLR Cours préparatoire). Ça évite également la corvée d’eau parce qu’auparavant, les enfants s’approvisionnaient au niveau de la pompe de l’école mais la qualité reste à désirer », ajoute-elle, assurant que les factures sont prises en charge par l’association des parents d’élèves.

« L’eau, cest la santé et la vie »

Dans le village, même si plusieurs personnes affirment ne plus rencontrer de difficultés d’accessibilité à l’eau, d’autres par contre déclarent faire toujours face à la corvée deau. « Mon domicile est éloigné de la borne-fontaine. Quand ma femme et les enfants y vont pour s’approvisionner, ils prennent assez de temps car les gens sont nombreux », se plaint Mathias. Mécontent, Zongo Koudougou Narcisse affirme n’avoir pas reçu de branchement particulier pourtant « cest sur nos terres que l’AEPS a été réalisée ». « Le château d’eau compte 10 branchements privés et 4 bornes fontaines. Dans le milieu rural, tout le monde veut un branchement privé alors qu’il y a des conditions à remplir. Il faut un regroupement de ménages, il faut qu’ils soient rapprochés. De façon isolée, il est difficile d’avoir un branchement privé », a clarifié la directrice régionale, Julienne Tiendrébéogo, ajoutant que Godé a une couverture en eau potable de 80,2%. Tout compte fait, Naaba Boulga, chef du village plaide pour une revue à la baisse du coût du m3 d’eau et pour une plus grande disponibilisation du précieux liquide. « L’eau, cest la santé et la vie. Notre doléance est que les efforts soient accentués afin que toute la population puisse avoir l’eau potable. Car la difficulté est toujours là », insiste-t-il. Avant 2017, les populations de Souri précisément celles de Silmimossi dans la commune de Dédougou (Boucle du Mouhoun) s’approvisionnaient en eau à travers les nombreux puits de la localité. « Il y avait des risques notamment les maladies et les enfants qui risquaient de tomber dans les puits », affirme Amadou Barry, habitant du village.

Avant leur AEPS, c’est dans ce puit que les populations de Souri dans la Boucle du Mouhoun sapprovisionnaient en eau

Aujourd’hui, M. Barry se réjouit car le village dispose désormais d’une adduction d’eau potable simplifiée dotée d’un château d’eau de 30 m³ et d’un forage de 11m³. Cette AEPS alimente 6 bornes fontaines et 10 branchements particuliers. Habibatou Doré, elle, indique que cette AEPS a profondément changé la vie des populations de la localité car désormais elles sont à l’abri de plusieurs maladies et dangers. En plus, elles ne rencontrent plus de corvée d’eau. Dans la Boucle du Mouhoun, Vincent Koudougou, sociologue à la direction régionale de l’eau précise que la région dispose de 149 AEPS et 4300 forages. A Zangoma, près de 100 km de Bobo-Dioulasso dans les Hauts-Bassins, une AEPS munie d’un château d’eau de 30 m3 a été réalisée pour réduire la corvée d’eau à laquelle faisait face jadis la population de ce village de la commune de Padéma. Cette AEPS qui fonctionne grâce à la puissance d’un groupe électrogène de 12 KVA alimente 30 branchements particuliers et 7 bornes fontaines. « Nous sommes fiers que l’accès à l’eau potable ne soit plus une préoccupation dans notre village. Nous souhaitons que les autorités en charge de l’eau augmentent le nombre de branchements particuliers et de bornes fontaines ici à Zangoma », plaide Aboubacar Tiegnan, chef de Zangoma. Pour renforcer le dispositif d’approvisionnement, des travaux sont entrepris pour transformer cette AEPS en une adduction d’eau potable multi-village avec ceux de Séguéré et Colma dans la même commune. La municipalité de la localité souligne qu’à son niveau plusieurs actions sont menées dans la localité grâce au budget de la commune pour réduire la corvée deau. A quelques kilomètres de là, dans le quartier Flakin de Badara, l’Etat a réalisé grâce au Projet PHA/BID-UEMOA un forage communautaire qui étanche depuis 2018 la soif des centaines d’habitants de ce village.

Les Hauts-Bassins, « château d’eau du Burkina » manquent d’eau potable

Désormais, l’eau coule à flot dans ce quartier peul de Badara. « Désormais, nous avons de l’eau potable juste à proximité de nos ménages. En plus, nos bétails peuvent s’abreuver au niveau de ce forage car il y a un dispositif qui leur permet d’avoir de l’eau », se réjouit Fatima. En fin 2018, la région des Hauts-Bassins avait un taux d’accès à l’eau potable de 55%.

Dans le quartier peul de Badara, l’accessibilité à l’eau potable n’est plus une préoccupation

Dans cette région considérée comme « le château d’eau du Burkina », on note un déséquilibre entre les indicateurs et les potentialités. Pour le directeur régional de l’eau et de l’assainissement des Hauts-Bassins, Wendemin Cyprien Tizambo, cette situation est due au fait que « pendant longtemps on a considéré que la région disposait d’eau en abondance » et que le besoin était beaucoup plus pressant ailleurs. Mais depuis la mise en oeuvre du PNDES en 2016, assure-t-il, plusieurs milliers de forages ont été réalisés. « Grâce aux efforts de l’Etat et ses partenaires, ce taux va exploser », est-il confiant, notant que « plusieurs projets seront mis en œuvre bientôt pour booster l’accès des populations à l’eau potable ». Mais en attendant, les autorités régionales saluent la réalisation du barrage de Samendeni dont l’inauguration est intervenue le samedi 30 novembre 2019. Le troisième barrage du Burkina Faso, après ceux de Kompienga et de Bagré, d’une capacité de 1 milliard 50 millions de m3, avec une hauteur de 23,9 m et une longueur de 2 900 m, offre d’énormes opportunités d’affaires dans plusieurs secteurs d’activités. En matière agricole, il permettra d’aménager 21 000 ha de terre sur 17 sites identifiés. Grâce à l’augmentation des cultures céréalières et maraîchères et au développement de la pêche et de l’élevage, il favorisera l’atteinte de la sécurité alimentaire et nutritionnelle et la croissance du Produit intérieur brut de 2%. Cette « mer en plein Sahel » a coûté à l’État burkinabé plus de 61 milliards 687 millions de francs CFA. Il aboutira à la mise en place d’un pôle de croissance.

Une vue du barrage de Samendeni

Pour atteindre le sixième objectif des ODD qui vise un accès universel et équitable à l’eau potable, à l’hygiène et à l’assainissement d’ici à 2030 et les objectifs du PNDES (Plan national de développement économique et social) en matière d’accessibilité en eau potable, le gouvernement burkinabè affirme avoir fait des efforts dans toutes les régions quoi qu’ils restent à consolider. Dans son combat effréné pour l’atteinte de l’objectif « zéro corvée d’eau », le ministère de l’eau met en œuvre plusieurs programmes notamment le Programme National des Aménagements Hydrauliques (PNAH), le Programme national d’approvisionnement en eau potable (PN-AEP), le Programme national pour la gestion intégrée des ressources en eau (PN-GIRE) ainsi que le Programme national d’assainissement des eaux usées et excreta (PN-AEUE). Au cours de son dernier Conseil d’administration du secteur ministériel (CASEM) tenu, mardi 17 décembre 2019 à Ouagadougou, le ministère de l’eau et de l’assainissement affirme avoir atteint au 30 septembre 2019 pour ce qui concerne le programme d’activités 2019 du ministère un taux estimé à 47,64%. « Ce taux, s’il n’est pas à la mesure de nos attentes, est toutefois satisfaisant au regard du contexte et des difficultés rencontrées », avait réagi le ministre Niouga Ambroise Ouédraogo au sortir de ce CASEM. Selon les services du ministère, les différentes réalisations ont permis d’atteindre un taux d’accès national à l’eau potable de 74% en 2018. L’objectif fixé à l’horizon 2020 est de 79%.

Le ministre de l’Eau et de l’Assainissement, Niouga Ambroise Ouédraogo

En 4 ans des efforts ont été faits, mais le combat contre la soif des populations demeure rude car les populations peinent toujours à avoir accès à l’eau potable surtout dans les zones reculées et les zones d’habitation spontanée communément appelées « non loties ». C’est pourquoi les acteurs du domaine attirent l’attention des autorités sur la nécessité de renforcer le financement du secteur de l’eau. « On a longtemps dit que l’eau c’est la vie. Mais est-ce que cela est réellement considéré comme tel. Ici à Bobo par exemple il y a la ressource. Il faut donc accroître les ressources allouées au secteur afin de régler définitivement les problèmes d’eau. Il n’y a pas mille solutions », recommande le spécialiste. Les populations, elles, espèrent que d’autres infrastructures et ouvrages hydrauliques seront réalisées très rapidement pour une satisfaction totale des besoins afin de venir à bout de la corvée d’eau. Le gouvernement quant à lui promet de poursuivre ses efforts à travers des projets structurants afin que l’eau potable soit accessible au maximum de Burkinabè aussi bien en milieu urbain que rural.
Par Daouda KINDA

Encadré 1:
Quelques résultats engrangés en 2019 par le ministère de l’Eau et de l’Assainissement

Au titre du Programme National des Aménagements Hydrauliques (PNAH), il est à retenir :
l’achèvement et la réception des travaux confortatifs du barrage de Samendéni (recalibrage du fleuve sur 2,5km) ;
la réception des travaux du barrage de Yaïka dans la région du Plateau Central, et de celui de Goumogho dans celle du Centre-Ouest ;
l’achèvement des études techniques détaillées et l’élaboration d’un schéma d’aménagement de l’espace naturel du lac Dem ;
l’achèvement des études de valorisation et réhabilitation des infrastructures connexes du barrage souterrain de Naré ;
l’avancée significative dans la réalisation des études des grands barrages (Ouessa, Bougouriba, Banwaly, Bassiéri ).

Au titre du Programme National pour la Gestion Intégrée des Ressources en Eau (PN-GIRE), on peut retenir :
la validation du SDAGE de l’Agence de l’Eau du Nakanbé par le Conseil National de l’Eau (CNEau) et la Commission Nationale d’Aménagement et de Développement Durable du Territoire (CNADDT) ;
le recouvrement de 507,210 millions de FCFA au titre de la CFE, pour une prévision de 761,700 millions de FCFA ;
l’adoption du rapport diagnostic de l’état des lieux relatif à l’étude sur la stratégie de suivi des ressources en eau.
Au titre du Programme National d’Approvisionnement en Eau Potable (PN-AEP) : les réalisations en milieu rural sont les suivantes : 172 forages neufs réalisés sur 1122 prévus, 07 AEPS réalisées, 34 forages à gros débit réalisés, 141 forages réhabilités sur une prévision de 177. En milieu urbain, on note entre autres, l’augmentation de la capacité de production d’eau potable de 2 144 m3/j et la réalisation de 18 700 branchements particuliers.
Au titre du Programme National d’Assainissement des Eaux Usées et Excreta (PN-AEUE) :
9 184 latrines familiales pour les milieux rural et urbain ainsi que 4 858 puisards ont été réalisés.
Au titre du Programme « pilotage et soutien », les réalisations majeures sont entre autres :
la tenue d’une session sur deux sessions du Groupe Thématique National « Eau et assainissement » ;
la tenue des deux sessions du Cadre Sectoriel de Dialogue « Environnement Eau et assainissement » (CSD-EEA) ;
l’organisation d’une assemblée sectorielle des projets et programmes ;
l’élaboration du rapport dévaluation de la performance (ABS) du ministère pour les demandes de déblocage des tranches fixes et variables de l’appui budgétaire sectoriel ;
la tenue dune session du Cadre Partenarial ;
le déploiement de l’application de suivi du PNDES (SUIPEA).

Source : ministère de l’Eau et de l’Assainissement

Encadré 2
Objectif général et objectifs spécifiques du PN-AEP 2016-2030

Le Programme national d’approvisionnement en eau potable (PN-AEP) 2016-2030 a pour objectif de satisfaire durablement les besoins en eau potable des populations en quantité et en qualité. Il contribue à la réalisation des Objectifs du Développement Durable (ODD) notamment l’objectif 6 « Garantir l’accès de tous à des services d’approvisionnement en eau et d’assainissement et assurer une gestion durable des ressources en eau ». Les objectifs spécifiques du PN-AEP sont les suivants :
Assurer un accès universel des populations aux services d’eau potable conformément à l’approche fondée sur les droits humains (AFDH) ; contribuer à la gestion durable des infrastructures d’AEP, dans le respect de l’accès universel au service de l’eau potable ; améliorer les capacités de pilotage et de gestion du sous-secteur.
Le PN-AEP 2016-2030
Il est à signaler que tout comme pour le PN-AEPA 2015, le PN-AEP 2030 reste le cadre programmatique national pour le développement du sous-secteur de l’AEP mais prend en compte les mutations opérées dans la nouvelle politique de l’eau qui veut que : « La réalisation de l’approvisionnement en eau potable (AEP) applique une approche centrée sur les droits humains pour la définition des priorités ». Cette nouvelle politique, qui découle de la volonté du Burkina d’aller d’ici 2030 à « l’accès universel à l’eau potable », suggère que la distinction entre AEP en milieu rural et AEP en milieu urbain soit progressivement abandonnée et qu’il faut mobiliser l’eau là où la ressource est disponible et la mettre à la disposition des différents usages. Pour cela le développement des services d’eau en milieu rural doit être pris en compte dans tout le processus de planification et de réalisation des infrastructures d’approvisionnement en eau potable.
En effet le Programme ambitionne, à l’horizon 2030 :
De faire évoluer le taux d’accès de 65% en 2015 à 100% en 2030 ; d’augmenter la proportion de la population rurale desservie par Borne-Fontaine(BF) de 8,7% en 2015 à 24% en 2030 ; d’augmenter la proportion de la population rurale desservie par Branchement Privé (BP) de 0,3% en 2015 à 56% en 2030 ; et de faire diminuer la proportion de la population rurale desservie par Point d’Eau Moderne de 91% en 2015 à 20% en 2030.

Nouvelle approche du programme

Les systèmes traditionnels d’approvisionnement en eau potable (SAEP) à savoir les Puits modernes et les Forages équipés de pompes manuelles ayant prouvé leurs limites en termes de satisfaction des besoins en eau des populations, il est envisagé, dans le cadre du présent PN AEP 2030, de réaliser, là où la ressource en eau est abondante, des centres de production d’eau (CPE) qui devront desservir les populations cibles, de façon progressive, en eau potable à travers des BF et des BP. Un « CPE type » d’une capacité de production de 600 m³/jour pourra, en appliquant les cibles de consommation et de niveau de service en 2030, couvrir une population d’environ 30 000 personnes. Afin d’optimiser les coûts de revient de l’eau potable et limiter les impacts environnementaux du programme, on privilégiera les énergies renouvelables telles que le solaire, le réseau électrique ou les réseaux hybrides (solaire-électrique). En vue de permettre à 9 969 200 personnes du milieu rural à l’horizon 2030, d’être desservies par des BP et 3 676 375 par des BF, il faudra mobiliser la somme de 824 milliards de francs CFA ou encore 88 754 francs CFA par personne nouvellement desservie. Au vu du montant élevé des investissements et du nombre d’ouvrages à réaliser et à réhabiliter, le financement du programme se fera sur trois phases de 2016 à 2020, de 2021 à 2025 et de 2025 à 2030. Cela nécessitera la réalisation de i) 471 CPE ; ii) 11 428 km de réseau de distribution ; iii) 8 577 BF ; iv) 994 548 BP ; v) 9 358 nouveaux PMH ; vi) 9 427 réhabilitations de PMH et vii) 397 réhabilitations et mises à niveau d’AEPS. Pour atteindre sa Vision à l’horizon 2030, l’ONEA doit atteindre les objectifs majeurs structurants suivants en matière d’AEP à l’horizon 2030 : un taux d’accès à l’eau potable égal à 100%, avec continuité et qualité 24h/24 ; des performances opérationnelles et une meilleure qualité de service aux clients ; un prix de l’eau abordable pour tous ; une société qui reste saine économiquement et financièrement. Les chiffres ci-après permettent de situer les enjeux que recouvrent ces objectifs : population desservie en eau croissant de 3,5 millions en 2015 à plus de 8 millions d’habitants en 2030 ; construction de près de 10 000 km de réseau d’eau, 70 000 m³ de réservoirs et 250 000 m³/jour de capacité de production. Par ailleurs, la recherche de l’équité et l’engagement du Burkina à aller à l’accès universel à l’eau potable, conduiront l’ONEA à étendre ses réseaux dans les villages qui sont rattachés aux communes où il intervient, dans la limite d’un rayon d’environ 5 km et des villages de plus de 2 000 habitants. Cela concernera également les zones non loties des centres urbains. En outre, dans le cadre de la création de centres de production, l’ONEA pourra desservir les villages traversés par les conduites de refoulement. L’ONEA agira en tant que maître d’ouvrage délégué pour le compte de la commune. Une délégation pour l’exploitation des installations qui prendra la forme la plus appropriée pour la commune pourra être faite à l’ONEA ou à un opérateur privé. A l’horizon 2030, le périmètre de l’ONEA passera de 57 centres à 77 centres avec un taux de desserte de 80% pour les Branchements Privés et 20% pour les Bornes Fontaines. Le développement des infrastructures en milieu urbain durant les quinze prochaines années est envisagé selon la même stratégie que celle du milieu rural qui est la construction de Centres de Production d’Eau (CPE) à même de desservir durablement plusieurs villes. Le plan d’investissement de l’ONEA sur la période de 2016 à 2030 selon les trois phases, prévoit des investissements de l’ordre de 498,014 Milliards de FCFA. Le budget total du PN-AEP 2030 s’élève à 1 461 milliards de FCFA avec une répartition quasi identique entre la première et la deuxième phase (d’environ 418 à 463 milliards de FCFA) et un budget d’environ 580 milliards de FCFA pour la troisième phase. Ainsi, le budget annuel du PN-AEP varie entre 84 et 93 milliards (phases 1 et 2) et 115 milliards (phase 3). Sachant que dans la période 2007-2014 les réalisations financières du secteur relatives à l’AEP n’ont été en moyenne que d’environ 30 milliards FCFA par an, un bond significatif est attendu dans le cadre du PN-AEP en termes de capacité de mobilisation et de réalisation. Le financement du PN-AEP se fera par la contribution des principaux acteurs que sont l’État, les PTF, les ONG, les collectivités, le privé national et international et les usagers. Chacun de ses acteurs formulera sa contribution en privilégiant les modalités de financement appropriées comme les appuis budgétaires (sectoriels), les appuis projets, les paniers communs et les PPP.
Source : Ministère de l’Eau et de l’Assainissement

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