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Inoussa Ouédraogo, l’homme qui veut professionnaliser la filière semencière au Burkina

Jeune et ambitieux, il est à la tête de plus de 4000 producteurs semenciers du Burkina. Inoussa Ouédraogo, depuis son élection le 22 mars 2019, veut insuffler une nouvelle dynamique et imprimer sa marque à l’Union nationale des sociétés coopératives des producteurs semenciers du Burkina (UNPSB). Pour y arriver, il a entrepris depuis son installation le 23 avril 2019 à la tête de la structure plusieurs actions non seulement pour professionnaliser la filière semencière et la porter à un niveau plus appréciable, mais aussi de booster l’accessibilité des semences au marché. Vendredi 5 juin 2020, il nous a accordé une interview dans laquelle il s’est longuement étalée sur les ambitions qu’il nourrit pour la structure. Lisez plutôt !

Le Monde Rural : Présenter nous succinctement l’UNPSB

Inoussa OUEDRAOGO : Créée en 2004, l’UNPSB est une organisation faitière nationale qui a pour mission fondamentale la facilitation de la production et de la commercialisation des semences de ses membres en vue de l’amélioration de leurs conditions de vie. A sa création, l’UNPSB regroupait 250 producteurs avec une production de 200 tonnes. Actuellement, nous sommes à 4000 membres avec une production annuelle d’environ 20 000 tonnes. Nous produisons entre autres des céréales, des légumineuses, les oléagineux ainsi que les tubercules. Je précise que l’UNPSB est régie par les dispositions de l’Acte uniforme OHADA du 15 décembre 2010 relatif au droit des sociétés coopératives. Nous travaillons aux côtés de l’Etat à travers le ministère en charge de l’agriculture et certains partenaires dont la FAO.

Comment est organisée la structure ?

L’organisation de notre faîtière est faite de forme pyramidale. A la base, il y a les producteurs qui se sont organisés pour créer les coopératives provinciales, lesquelles se sont mis ensemble pour créer les coopératives régionales. L’UNPSB regroupe toutes les 13 coopératives régionales. En terme de fonctionnement, nous avons l’Assemblée générale composée de 78 membres issus des 13 régions et qui statue en dernier ressort sur toute décision qui engage la structure. Ensuite, il y a un Conseil d’administration de 12 membres qui a pour mission de définir et de mettre en œuvre les orientations stratégiques et politiques validées par l’Assemblée générales. En sus, il y a le Conseil de surveillance de 3 membres qui est l’organe de contrôle interne de l’UNPSB. Enfin, nous avons un secrétariat permanent qui est constitué de l’équipe technique de la structure.

Il y a un an de cela lorsque vous preniez les rênes de la structure vous avez promis de professionnaliser la filière semencière et à la porter à un niveau plus appréciable.Aujourd’hui, est-ce que le processus est amorcé ?

Le processus est fortement amorcé. Le professionnalisme agricole, nous l’avons axé sur plusieurs axes et stratégies. Il s’agit d’abord du renforcement des capacités. A ce niveau, tous les membres du Conseil de surveillance des 13 régions ont été formés à l’effet de mieux suivre la mise en œuvre des activités au niveau régional. Au niveau national, le Comité de contrôle a également reçu des formations. Les producteurs des 45 provinces ont aussi été formés en technique de production de semences de base. Au-delà de ces actions, nous avons pu renforcer plusieurs partenariats notamment avec la GIZ et la coopération allemande qui nous ont beaucoup accompagné dans l’organisation des évènements et la communication. Il y a aussi la FAO que nous avons rencontrée pour resserrer les liens qui existent entre nous. Avec tous ces partenaires, nous travaillons renforcer nos capacités et dynamiser encore plus la structure au grand bonheur des semenciers. Pis, nous avons signé une convention avec une ONG canadienne dans la perspective de monter des projets. Par ailleurs, nous avons, grâce à une convention avec le ministère de l’agriculture, mis à la disposition de nos membres 64 tracteurs. Ces tracteurs sont déjà sur le terrain et font des prestations au-delà même de la production des semences. Cela devrait permettre d’accroître la production agricole dans son ensemble. Nous sommes toujours dans la dynamique. Et pour les petits producteurs, nous envisageons de les doter en tricycle les jours à venir. En outre, nous avons acquis un terrain sur lequel nous envisageons construire un centre de formation des producteurs et d’expérimentation des semences.

En vue de contribuer à la promotion et à la l’utilisation efficiente des semences agricoles améliorées certifiées, l’UNPS-B a organisé des Journées promotionnelles de semences agricoles améliorées certifiées (J-PROSAC), les 16, 17 et 18 mai 2019 à la Maison du peuple de Ouagadougou. Quel est le bilan que vous en tirer et à quand la prochaine édition ?

Les J-PROSAC ont connu une forte participation des acteurs. Au plus haut sommet de l’Etat, nous avons été accompagné dans cette initiative. Certes, c’est une première édition, mais elle a permis à plusieurs personnes de savoir ce que c’est que la semence et son rôle dans l’activité agricole. Cela a permis d’ailleurs à certains partenaires de nous approcher pour un certain nombre de commandes. En 3 jours, nous avons reçu 1800 visiteurs. Nous avions programmé la 2e édition cette année, mais la COVID 19 est venue tout chambouler. Mais, si tout va bien, l’an prochain nous tiendrons la 2e édition.

Il y a aussi la question de l’accessibilité au marché. A ce jour, qu’est-ce qui est fait pour que les semences soient facilement écoulées ?

Cette année est une année exceptionnelle. Car une bonne partie de notre production a été prise par l’Etat à travers le ministère de l’Agriculture. Cela a été possible grâce à des efforts supplémentaires liés à la COVID 19 et à l’insécurité. Notre philosophie c’est de faire comprendre au paysan le rôle de la semence améliorée dans son exploitation. Du reste, nous sommes aujourd’hui classés premier en terme de notoriété au niveau de l’UEMOA. En terme de production et de respect des normes, nous avons été classés premier de l’UEMOA l’an passé. Ce sont des acquis engrangés par les efforts des producteurs semenciers, certes, mais également le ministère de la Recherche scientifique à travers l’INERA, le ministère de l’Agriculture et tous les acteurs qui travaillent à ce que nous puissions produire des semences de qualité. Notre objectif c’est de produire assez pour non seulement les Burkinabè, mais aussi les pays de la sous-région. Aussi, il va falloir faire une planification sur un certain nombre d’année des besoins du ministère de l’agriculture en matière de semences. Cela permettrait de planifier la production. En plus des efforts consentis par les autorités pour l’atteinte de l’autosuffisance alimentaire, nous souhaitons qu’il y ait une bonne planification, une stratégie bien tracée.

Quelles sont les perspectives ?

La semence est la porte d’entrée pour le domaine agricole. Elle contribue pour plus de 40% de la productivité agricole. Même si vous avez des fertilisants de qualité, si la semence n’est pas de qualité vous ne pouvez pas vous attendre à un bon rendement. Nous serons satisfaits lorsque nous saurons que notre production arrive à permettre au Burkina d’assurer la sécurité alimentaire. En perspective, nous voulons renforcer les capacités des producteurs afin d’accroitre leurs productions. Nous sommes à la recherche de solution pour l’écoulement des produits finis. Car s’il n’y a pas un marché stable et des unités de transformation, les producteurs vont se décourager. J’interpelle les différents acteurs à accompagner le secteur. J’encourage les jeunes à se lancer dans le domaine agricole car l’agriculture est un grand bateau où tout le monde peut avoir sa place.

L’UNPSB a traversé un moment de turbulence. Vu votre jeunesse, on peut se dire que vous allez insuffler une nouvelle dynamique à la structure?

Je me dis que quand on est jeune on peut avoir beaucoup plus d’énergie, de motivation et d’engagement. Nous travaillons parce que nous avons foi et que c’est à partir de là qu’on a confié la gestion de cette structure à un jeune comme moi. Nous sommes jeunes parmi nos papas ici, mais nous avons la chance d’être beaucoup écouté. Il y avait des difficultés au niveau de l’UNPSB et il y en aura encore certainement, mais notre objectif c’est de pouvoir les résoudre de façon sereine et ouverte. Nous travaillons à résorber petit à petit toutes les crises qu’il y a eu à l’UNPSB.

Interview réalisée par Daouda KINDA

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