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Dr Saïdou Ouédraogo : « Ma vision ? Faire du FODEL, un modèle de Fonds National de Financement »

Depuis janvier 2020, Dr Saïdou Ouédraogo a pris ses quartiers au Fonds de développement de l’élevage. Vétérinaire, le nouveau directeur du FODEL nourrit de nombreuses ambitions pour cette structure de financement des acteurs de l’élevage. Dans cette interview qu’il nous a accordé, vendredi 12 juin 2020 à Ouagadougou, Dr Saïdou Ouédraogo est revenu sur l’historique et les missions du FODEL ainsi que ses ambitions pour la structure. Lisez plutôt !

Le Monde Rural : Le FODEL a été créé en 1996. Pouvez-vous revenir sur l’historique de la création de ce fonds ?

Dr Saïdou Ouédraogo : Les fondements du FODEL se trouvent dans l’initiative de l’Etat burkinabè et des professionnels de la filière bétail/viande (commerçants et exportateurs de bétail et de la viande), en réaction aux grandes sècheresses des années 1980, pendant lesquelles une grande partie du cheptel a été décimée. Les professionnels de la filière bétail/Viande ont consenti le prélèvement d’une taxe pour le financement et le développement du secteur de l’élevage en vue de prévenir ou d’atténuer les crises. C’est suite à ce consensus entre l’Etat et les professionnels de la Filière bétail/Viande que le FODEL a été créé par décret N°96 – 282 /PRES/PM/MEF/AGRI-RA du 25 Juillet 1996 à la suite de l’adoption de la Loi N°57/95/ADP du 21 novembre 1995 portant modification du code des impôts et l’institution d’une Contribution du Secteur de l’Elevage par l’Assemblée des Députés du Peuple.
Le FODEL a fonctionné depuis sa création jusqu’en 2008 comme un fonds d’équipement logé à la Direction des Affaires Administratives et Financières du Ministère en charge des ressources animales.
L’adoption par décret N° 2008-241/PRES/PM/MRA du 23 janvier 2008 portant approbation du statut particulier du FODEL, lui confère le statut particulier de Fonds National de Financement (FNF), son objet demeurant : «la mobilisation, la coordination et la gestion des fonds destinés à la promotion des activités de développement socio-économique du sous-secteur de l’élevage ». Le FODEL aux termes du décret n°2019-0096/PRES/PM/MINEFID/MRAH du 07 février 2019 portant approbation des statuts particuliers du Fonds de Développement de l’Elevage, s’est conformé au décret N° 2014-610/PRES/PM/MEF du 24 Juillet 2014 portant statut général des Fonds Nationaux. C’est une structure rattachée du Ministère des Ressources Animales et Halieutiques avec pour tutelle financière le Ministère de l’Economie, des Finances et du Développement. Alors, les actions du FODEL s’insèrent dans le cadre des objectifs de la politique sectorielle du MRAH et de la politique financière du Gouvernement à travers le MINEFID. Le FODEL est classé dans la catégorie des établissements publics de l’Etat (EPE) en tant que FNF, il jouit de la personnalité morale et des prérogatives de droit public avec un patrimoine et des moyens de gestion propres. Le FODEL est représenté dans les treize (13) chefs-lieux des régions du pays à travers les Directions Régionales des Ressources Animales et Halieutiques. Il intervient aussi bien en milieu urbain qu’en milieu rural.

Quelles sont les missions du FODEL ?

Le FODEL a pour mission d’octroyer des crédits pour les activités d’élevage et de soutenir les initiatives des éleveurs. Nous accompagnons les éleveurs à réaliser infrastructures marchandes notamment des parcs de vaccination, les forages pastoraux et à lutter contre les maladies du bétail.

Quels sont ses sources de financement ?

La première source de financement du FODEL est la taxe sur la Contribution du Secteur de l’Elevage (CSE) régit par la loi N° 57/95/ADP du 21 novembre 1995 portant modification du Code des impôts et institution d’une Contribution du Secteur de l’Elevage (CSE). Outre les recettes de la CSE, il y a la subvention de l’Etat et les produits des crédits placés.

A combien estime-t-on les recettes de la CSE pour les 4 dernières années ?

Je voudrais rappeler que la contribution du secteur élevage (CSE) est une « une fiscalité globale » représentative des droits et taxes exigibles des marchands de bétail, de volaille et de peaux brutes. Il est prélevé à l’exportation au titre de la CSE 3 000 francs CFA pour les bovins (par animal) ; 250 francs CFA pour les ovins et caprins (par animal) ; 50 francs CFA pour la volaille (par volaille) et 100 francs CFA pour les peaux brutes (par kg). L’exportateur, pour toute opération entrant dans le champ d’application de la CSE, doit souscrire une déclaration auprès du service des douanes compétentes en vue du paiement des droits. Ainsi, de 2016 à 2019, le FODEL a encaissé sept cent quarante un millions sept cent onze mille six cent quarante-huit (741 711 648) FCFA. Je précise que jusqu’en 2018 60% des recettes de la CSE étaient reversés au budget de l’Etat et 40% au fonds de développement de l’élevage. Mais il y a eu un plaidoyer pour que la part du FODEL soit revue à la hausse. Actuellement, elle est de 80% au lieu de 40%. La part de l’Etat est désormais de 20% au lieu de 60%.

Depuis 2016, combien de dossiers de demande de financement avez-vous reçu ?

Nous recevons de nombreux dossiers. De 2016 au 31 mai 2020, nous avons reçu 3145 dossiers avec un montant global de financement de 7 653 243 100 FCFA. Mais nous n’avons pu financer que 1733 microprojets individuels et collectifs à hauteur de 2 156 196 000 FCFA. Ceci s’explique par le défi sécuritaire auquel fait face notre pays.

Quels sont les types de projets que vous financez ?

Nous finançons tout microprojet dans le domaine des ressources animales et halieutiques, c’est-à-dire toutes les filières animales et halieutiques qui existent et dans tous leurs maillons (production, transformation, commercialisation). Nous finançons non seulement en équipement, mais aussi en fonds de roulement. Les financements vont de 250 000 FCFA à 50 000 000 FCFA. Le délai de remboursement va de 12 mois à 36 mois avec un différé de 6 mois.

Quelles sont les conditions et les critères à remplir pour bénéficier d’un financement du FODEL ?

Le promoteur qui postule au crédit FODEL doit satisfaire aux conditions suivantes :
Pour les personnes physiques
– être de nationalité burkinabè et âgé de 18 ans au moins ;
– exercer effectivement dans une des chaines de valeur de l’élevage, de la pêche, de l’aquaculture et de l’apiculture sur le territoire Burkinabé ;
– ne pas avoir un crédit en cours ou un engagement non honoré au FODEL ;
– ne pas être engagé auprès des autres Fonds Nationaux de Financement ;
– présenter un projet rentable, créateur d’emplois et capable de générer des ressources pour faire face au remboursement du crédit ;
– jouir de sa pleine capacité juridique ;
– avoir au moins deux (02) avals adultes (≥ 20 ans ≤ 65 ans) et solvable ;
– avoir un apport personnel d’au moins 25% du montant demandé ;
– accepter le nantissement du matériel et/ou des équipements ;
– accepter de souscrire à une assurance vie pour les crédits d’un seuil déterminé par le conseil d’administration ;
– avoir un compte régulièrement ouvert dans une institution financière ;
– présenter une garantie en nature ;
– posséder un document de sécurisation foncière conforme s’il ya lieu ;
– joindre une copie de la quittance trésor des frais de dossier (1% du montant demandé)
Pour les personnes morales
– être régulièrement constituée de droit burkinabé ;
– exercer effectivement dans une des chaines de valeur de l’élevage, de la pêche, de l’aquaculture et de l’apiculture sur le territoire burkinabé ;
– ne pas avoir un crédit en cours ou un engagement non honoré au FODEL ;
– ne pas être engagé auprès des autres Fonds Nationaux de Financement ;
– présenter un projet rentable, créateur d’emplois et capable de générer des ressources pour faire face au remboursement du crédit ;
– avoir une caution solidaire ;
– avoir un apport personnel d’au moins 25% du montant demandé ;
– accepter le nantissement du matériel et/ou des équipements ;
– avoir un compte régulièrement ouvert dans une institution financière ;
– présenter une garantie en nature ;
– posséder un document de sécurisation foncière conforme s’il y a lieu ;
– joindre une copie de la quittance trésor des frais de dossier (1% du montant demandé).

Quelles sont les difficultés rencontrées par le FODEL ?

Comme toute structure, le FODEL aussi fait face à des difficultés, deux principalement. Il s’agit primo de la faible capacité financière par rapport aux besoins de financement des microprojets. Nous n’avons de nombreuses sources de financement, si fait que la demande dépasse l’offre. Secundo, il y a les difficultés de recouvrement des créances dues à l’insécurité sur le territoire national.

Quelles sont les perspectives envisagées par le Fonds ?

En terme de perspective, je voudrais dire que depuis ma prise de fonction en janvier 2020, nous avons travaillé à insuffler une vision : faire du FODEL, un modèle de Fonds National de Financement, autonome financièrement et qui répond aux exigences et les besoins des acteurs et actrices du sous-secteur de l’Elevage. Nous envisageons de mettre en place un mécanisme de suivi des recettes de la CSE, d’améliorer le niveau du recouvrement des créances à travers un dispositif efficace, de prospecter de nouvelles sources de financement auprès des partenaires nationaux et internationaux, de construire un bâtiment administratif (le siège) du FODEL et de rendre encore plus visibles les actions du FODEL.

Interview réalisée par Daouda KINDA

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