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SELECTION DES RACES BOVINES AU BURKINA: la stratégie innovante pour faire face aux besoins

Pays d’élevage par excellence, le Burkina Faso n’arrive toujours pas à s’autosuffire en lait malgré les efforts des éleveurs. Conséquence, l’importation de produits laitiers reste importante pour faire face à la demande. Les acteurs du secteur développent des initiatives en vue de mieux répondre à cette demande. Nous avons voulu en savoir davantage en nous rendant dans la ferme Kiswensida et frères à Zagtouli, à la périphérie ouest de la ville de Ouagadougou. En effet, le mardi 28 juillet 2020, nous sommes allés à la rencontre d’un promoteur de l’insémination artificielle bovine, Kiswensida Nour Alayatt Ouédraogo.

Le mardi 28 juillet 2020 a été une journée particulière pour nous. Et pour cause, nous avions rendez-vous dans un endroit hors de commun.  Il s’agit de la ferme Kiswendsida et frères. Il était 9h lorsque nous sommes arrivés à la ferme située à la périphérie ouest de la ville de Ouagadougou, plus précisément à Zagtouly. Elle est à moins de 2 km de la Route nationale n°1 reliant Ouagadougou à Bobo- Dioulasso et bâtie sur une superficie de 2 hectares environ. Là, le promoteur emploie une dizaine de vachers. A la ferme Kiswendsida et frères, outre les employés à plein temps, toute la famille participe aux activités, d’une manière ou d’une autre. Une vingtaine de vaches laitière en stabulation, des mâles reproducteurs attachés çà et là dans l’étable… C’est, ce que nous avons constaté en rentrant par la porte principale de la ferme. Un enclos est réservé aux taurillons et aux veaux de quelques semaines d’âge. Dans une maisonnette située à l’entrée de la ferme, nous y avons trouvé une trayeuse automatique, une bonbonne d’azote liquide, des récipients de collecte et d’acheminement du lait vers la laiterie de la ferme, située à quelques pas de celle-ci. Un magasin de fourrage, dressé à l’arrière de l’étable, permet de faire des stocks afin d’éviter les ruptures.

Pour Kiswendsida Nour Alayatt Ouédraogo, «  la principale difficulté, c’est l’accès aux hormones, aux semences et à l’azote liquide »

Tous les moyens sont utilisés par le promoteur de la ferme pour une alimentation adéquate de son bétail car, production de lait rime avec bonne alimentation et un bon suivi sanitaire. De l’achat des Sous-produits agro-industriels (SPAI) en passant par la culture fourragère et la technique de l’ensilage, l’on constate que toutes les techniques sont utilisées par la ferme Kiswendsida et frères pour fournir au bétail de l’aliment de bonne qualité et un suivi sanitaire conséquent. Des compléments alimentaires sont aussi utilisés comme le Lacto plus, le Prolac, l’ensilage de sorgho et les pierres à lécher.
Parmi les actions développées dans la ferme pour augmenter la production de lait, il y a l’Insémination artificielle (IA). Il s’agit d’une biotechnologie qui consiste à utiliser des outils pour introduire de la semence animale dans les voies génitales d’une femelle en période de chaleurs en vue de la fécondation. Sa réussite exige, de l’éleveur et de l’inséminateur, l’application d’un savoir-faire tant sur le plan technique que de la gestion des troupeaux. L’IA est un outil de prévention de propagation de maladie contagieuse et/ou vénérienne grâce au non contact physique direct entre la femelle et le géniteur.

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Elle permet, non seulement de contrôler des maladies grâce aux normes sanitaires strictes exigées au niveau des centres producteurs de semences mais aussi de contrôler et de diagnostiquer de manière précoce, les problèmes d’infertilité grâce au suivi individuel et permanant des vaches inséminées. De même, l’IA permet la diffusion rapide dans le temps et dans l’espace des progrès génétiques, de la découverte rapide de géniteurs ayant de très hautes performances génétiques grâce au testage sur descendance et donne donc l’occasion de choisir des taureaux testés qui transmettent des traits désirables à leur descendance.

Des veaux et taurillons de la ferme Kiswendsida issus de l’insémination artificielle

La ferme met également à la disposition des autres éleveurs, des génisses et des taurillons métissés au ¾ des races Holstein, Montbéliard et Brune des Alpes.

Pour améliorer la productivité laitière des vaches

« La ferme a été créée par mon père en 1980 avec 2 vaches, et nous avons choisi l’option de croisements avec les races exotiques en vue de la production laitière à partir de 1984 avec matrice le Zébu peulh et l’Azawack avec pour caractères recherchés la bonne adaptation aux conditions sahéliennes. Nous nous sommes rendu compte que la production des Zébus et des Azawacks seuls ne pouvaient pas rentabiliser la ferme.

Des récipients contenant du lait collecté à la ferme Kiswendsida et frères

C’est alors que nous avons opté pour la recherche du matériel et l’option de croisement et l’insémination artificielle. Nous avons aussi la stabulation permanente avec la construction des infrastructures », a laissé entendre Kiswensida Nour Alayatt Ouédraogo, promoteur de la ferme et praticien de cette biotechnologie. Et d’ajouter : « Nous pratiquons les croisements par monte naturelle et l’insémination artificielle pour améliorer la productivité laitière de nos vaches, et cela a permis aux métisses de 1re génération de donner 6 à 8 litres de lait par jour, 8 à 12 litres par jour pour les métisses de 2ème génération, 12 à 16 litres par jour pour les métisses de 3è génération et 16 à 20 litres par jour pour les métisses de 4è génération.

Une séance de traie avec une trayeuse automatique

La ferme a une capacité de production de 500 litres de lait cru, soit 300 litres le matin et 200 litres le soir. Toute cette production est transformée dans notre unité familiale qui est la Laiterie de Zagtouli. Nous offrons aussi des stages pratiques à la ferme en technique d’alimentation et de ration des vaches laitières, en technique de traite avec ou sans veaux, en technique de traite mécanique, en technique d’écornage et de castration des veaux et en technique de fabrication de silos ». L’IA, selon Alayatt Ouédraogo, est la bonne voie pour atteindre une production laitière optimum au Burkina et permet de pouvoir gérer et de maîtriser le troupeau laitier. Pour lui, la principale difficulté au niveau de l’insémination artificielle c’est l’accès aux intrants, c’est-à-dire, les hormones, les semences et l’azote liquide pour la conservation de la semence. L’azote liquide est indispensable dans l’IA mais coûte extrêmement chère car le prix du litre tourne autour de 7 000 à 8 000 F CFA. Il y a aussi les hormones utilisées pour la mise en chaleur des vaches avant l’insémination qui sont toujours importé, d’où la difficulté d’accès à son avis, le producteur est donc soumis aux caprices de quelques fournisseurs.

Quid de la vulgarisation de l’IA et de ses avantages ?

Amadoum Diallo, président de l’Association d’éleveurs dénommée Dewral pour le développement de Bendogo peulh dans la commune de Korsimoro dans la région du Centre-Nord nous a confié avoir entendu parler de l’insémination artificielle mais ignore vraiment comment elle se passe.

Amadoum Diallo, président de l’association Dewral. « J’ai entendu parler de l’insémination artificielle mais j’ignore vraiment comment elle se passe »

Il a expliqué avoir eu l’information que l’insémination a été pratiquée à Korsimoro chez quelques éleveurs avec des résultats de mise bas. « Nous sommes aussi intéressés par une telle technologie car elle permettra d’améliorer la production en lait et en viande dans nos élevages », a-t-il laissé entendre. Pour Innocent Wenceslas Tapsoba, directeur du Centre de multiplication des animaux performants (CMAP), l’insémination est un outil de la reproduction. « Nous cherchons à copier ce que la nature fait déjà et c’est dans ce sens que l’homme intervient en utilisant des hormones et des outils qui lui permettent de jouer le rôle du taureau et de déposer la semence au niveau de l’organe génital femelle. L’avantage premier de l’insémination est que, d’office, un producteur n’a pas besoin d’entretenir un taureau. Deuxièmement, il choisit les performances du taureau qui l’intéresse parce que c’est surtout la transmission de ses caractères génétiques qui intéresse le producteur. S’il a par exemple besoin des vaches qui lui donnent 10 à 15 litres de lait, il choisit des taureaux d’un certain niveau qui vont permettre d’atteindre cet objectif. L’avantage de l’insémination est qu’on peut le faire sur 100 vaches en une journée alors qu’un taureau naturellement ne peut pas saillir plus de trois fois en une journée », a souligné le directeur du CMAP.

Pour le directeur du CMAP, « l’azote liquide est indispensable dans la conservation de la semence à une température de -196° C »

« En matière de sélection et de promotion des performances zootechniques au niveau des bovins, le Burkina a choisi le chemin du croisement parce que nos productions avec nos races locales sont très faibles ; donc on peut prendre des races dont la production laitière est très intéressante et quand on les croise avec nos vaches, nous élevons le niveau de production. Nous faisons donc ces croisements pour accélérer le processus de production dans notre pays. A ce jour en milieu réel, nous avons des produits entre Holstein et Goudali qui nous ont donné des résultats au pic et la vache peut nous donner jusqu’à 23 litres de lait pas jour. Nous avons aussi identifié chez un producteur du côté de Diapaga une vache qui nous donnait au pic 23 litres par jour et une qui donne un pic de 21 litres par jour du côté de Sabou », a ajouté Innocent Wenceslas Tapsoba. Pour lui, à ce jour, des efforts sont faits pour la formation des inséminateurs et sa vulgarisation. Au niveau des 13 régions du Burkina, des brigades d’insémination artificielles ont été mises en place. Elles constituent la base de chaque région, « mais ces brigades ne pourront être opérationnelles que lorsque nous aurons réuni l’équipement nécessaire, les ressources humaines qualifiées et les moyens de fonctionnement », a précisé Monsieur Tapsoba.
Innocent Wenceslas Tapsoba a expliqué que l’une des difficultés de l’insémination artificielle à ce jour est la disponibilité de l’azote liquide qui est indispensable dans la conservation de la semence à une température de -196° C. « Sans l’azote liquide, il est impossible de conserver la semence. Pour le moment, c’est un seul générateur de production d’azote liquide que le CMAP dispose au niveau de Loumbila, il faut à tout prix éviter la rupture d’azote liquide au niveau des brigades d’insémination.

Des vaches laitières de la ferme Kiswendsida

En plus de l’azote liquide. Il faut aussi avoir des bonbonnes spécifiques pour le transport et la conservation de l’azote à sa température normale, des congélateurs de conservation des hormones et aussi un décongélateur pour décongeler la semence de -196°C à 39°C avant de pratiquer l’insémination », a-t-il souligné. L’un des défis à long terme du CMAP, c’est la production d’azote liquide en quantité suffisante, la fabrication d’hormones utilisées pour l’induction de chaleur au niveau de la vache avant l’insémination. Les compétences sont là et avec ces éléments réunis, le Burkina espère réduire le coût de revient de l’IA qui avoisine 40 000 F CFA de nos jours afin de la rendre accessible.

Jonas B. SALOU

L’insémination artificielle en quelques mots

L’Insémination artificielle (IA) est une biotechnologie qui est pratiquée au Burkina Faso. Au Ministère des ressources animales et halieutiques (MRAH), cette biotechnologie est portée par le Centre de multiplication des animaux performants (CMAP) qui s’est engagé dans la vulgarisation de cette technique à travers le pays par la formation des inséminateurs. C’est une biotechnologie de la reproduction animale, la plus utilisée à ce jour dans le monde pour la diffusion rapide du progrès génétique animale. L’IA permet la découverte rapide de géniteurs ayant de très hautes performances génétiques grâce au testage sur descendance et donne l’occasion aux taureaux de transmettre des traits désirables à leur descendance. Elle a pour finalité l’augmentation de la performance des bovins en termes de production en lait et en viande. Le Burkina Faso importe des produits laitiers annuellement à hauteur de plus de 10 milliards de F CFA avec une production annuelle estimée à 4,4 millions de litres de lait selon le rapport 2018 du MRAH. L’IA est un formidable outil d’amélioration du potentiel génétique et par conséquent d’accroissement des productions animales.

J.B.S.

Les résultats de l’amélioration du potentiel génétique des races locales 2018. Tarentais

6 948 vaches sur une prévision de 5 920 ont été inséminées avec essentiellement de la semence de races laitières : Brune des Alpes, Holstein, Montbéliard.
– Le diagnostic de gestation conduit par le CMAP a concerné 2 219 vaches à l’issue du diagnostic, 988 vaches étaient gestantes.
– Pour la production locale de semence, 12 taureaux ont été dressés à la station de Loumbila. Ainsi, 17 544 paillettes de semence bovine dont 10 125 importées et 7 419 produites localement et stockées dans la station d’élevage de Loumbila.
-Acquisition de quatre (04) kits d’insémination et 10 brigades mobiles d’insémination artificielle ont été dynamisées et sont fonctionnelles.
– Formation de 36 inséminateurs et l’équipement de 8 inséminateurs.
– 729 veaux nés des IA.

Source : rapport d’activités MRAH 2018

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