A la uneAgricultureFlash Info

Burkina : la COVID-19 impacte sévèrement le secteur agricole

Le Réseau des organisations paysannes pour une synergie d’actions au Burkina (ROPSA-B) a animé une conférence de presse, mardi 8 septembre 2020 à Ouagadougou. Ce point de presse avait pour objectif d’interpeler le gouvernement sur la gravité des conséquences de la crise sanitaire liée au coronavirus sur les populations rurales.

Depuis mars 2020, le Burkina Faso est touché par la COVID19. Face à cette situation, le gouvernement a pris des mesures en vue de freiner la propagation de la maladie et d’atténuer son impact sur les populations et la vie économique du pays. Ces mesures étaient entre autres, la mise en quarantaine  des villes touchées, la mobilisation de la mobilité interurbaine et inter-régionale, la fermeture des marchés et des frontières…Selon Jules Zongo, président du ROPSA-B, si ces mesures ont permis de limiter la propagation de la maladie, elles ont cependant eu des conséquences immédiates sur le marché des produits agricoles. A l’entendre, les mesures prises ont eu pour conséquences, entre autres, des pertes énormes de productions agricoles et de revenues pour causes de méventes d’une part, et d’autre part, une spéculation forte sur certaines denrées. « Certains produits agricoles comme les denrées agricoles, le mil, le niébé, le riz, que les producteurs ont été contraint d’écouler à vil prix, eu égard de la situation difficile, seront revendus par les spéculateurs à des prix exorbitants sur le marché, les rendant ainsi inaccessibles aux populations. », a-t-il affirmé. Selon le principal conférencier, des données collectées sur le terrain, grâce à un dispositif mis en place par le ROPSA-B laissent percevoir l’ampleur des pertes dans divers secteurs. Desdits données collectées, il ressort que plus de 800.000 petits maraichers sont touchés ; des centaines d’hectares de légumes arrivées à maturité ont été détruits afin d’emblaver d’autres spéculations ; de nombreux producteurs connaissent déjà des difficultés de remboursement des crédits suites aux pertes qu’ils ont subies ; certains producteurs sont poursuivis par leurs créanciers ; une absence totale d’acheteurs (Indiens, Vietnamiens, commerçants, transporteurs, etc) de noix brute de cajou dans les villages et d’importantes quantités de noix de cajou vendues en deçà du prix planché. Toutefois, pour faire face à cette situation qui pourrait engendrer une insécurité alimentaire sans précédent, « le gouvernement a entrepris une opération de distribution d’intrants et de denrées alimentaires à prix social », a-t-il souligné. Cette initiative qui va coûter à l’Etat burkinabè environ trente milliards de francs CFA est sans nul doute bénéfique pour les producteurs agricoles. Même si elle a salué ce geste du gouvernement, le réseau des organisations paysannes pour une synergie d’actions au Burkina estime cependant que, « sa mise en œuvre concrète sur le terrain n’est pas de nature à permettre aux producteurs agricoles de faire face de manière adéquate aux conséquences néfastes des mesures barrières du COVID19 ». Selon les propos du président du réseau, la distribution d’intrants n’est pas une nouveauté en soi car elle a commencé en 2009 suite à la crise alimentaire qui a secoué le monde entier. A l’écouter, selon les données de 2016 de la Banque Mondiale, la subvention aux intrants accordée par l’Etat burkinabè est estimé à 25 millions de FCFA sur la période 2011-2015. « Par conséquent, elle n’est pas une mesure spécifiquement liée au COVID19 », a-t-il précisé. Qu’à cela ne tienne, l’opération de distribution d’intrants en cette année, dans le contexte de la COVID-19 révèle des insuffisances notoires dans le mécanisme établi, constate le réseau. Parmi ces insuffisances, Jules Zongo cite, entre autres, l’utilisation des messages électroniques pour informer les paysans majoritairement analphabètes bénéficiaires de ces intrants ; la défaillance des réseaux de communication en milieu rural justifiant ainsi la non transmission des messages aux bénéficiaires ; la méconnaissance de la structure de distribution par les paysans ; la faible implication des agents d’encadrement agricole, des leaders d’organisations paysannes et des élus des chambres régionales d’agriculture et de la chambre nationale d’agriculture dans le processus de distribution. Face à toutes « ces insuffisances », le ROPSA-B interpelle le gouvernement sur la gravité des conséquences de la crise sur les populations rurales tout en les exhortant à agir urgemment en prenant des dispositions utiles pour permettre aux acteurs ruraux d’y faire face. Surtout que l’évaluation de l’impact de la pandémie de la COVID-19 sur l’agriculture et la sécurité alimentaire et nutritionnelle réalisée par le ministère de l’Agriculture et des Aménagements hydroagricoles laisse entrevoir qu’« environ 3.280.800 personnes sont en insécurité alimentaire et ont besoin d’une assistance humanitaire immédiate ».

Par Jessica Eliane KABORE (stagiaire)

Comment here