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Ivon Kiénou: un véritable « gentleman farmer » au parcours exceptionnel

Engagé dans l’agriculture depuis une quinzaine d’années, Ivon Kiénou est un véritable « gentleman farmer » qui a quitté très tôt les bancs de l’école pour exceller dans le domaine agricole. Alors que ses parents voyaient en lui un bureaucrate, ce natif de la province des Banwa, dans la région de la Boucle du Mouhoun, a voulu suivre son destin et vivre son rêve : devenir un entrepreneur agricole. Aujourd’hui, à la tête de la société MABATA SCOOPS qui exerce dans la production de diverses variétés de semences, Ivon Kiénou est un modèle et un exemple de réussite, car son parcours force admiration et respect. Il fait la fierté de sa famille et de la jeunesse burkinabè toute entière. Ivon Kiénou est le Secrétaire Général de l’Union Provinciale des Producteurs Semenciers de la province des Banwa, membre du comité de Surveillance de l’Union Régionale des Producteurs Semenciers de la Boucle du Mouhoun. Dans un entretien qu’il nous a accordé, mardi 23 mars 2021, l’entrepreneur agricole parle de son métier d’agriculteur et les difficultés auxquelles les producteurs sont confrontés.

 Le Monde Rural : d’où est né votre passion pour l’agriculture ?

Ivon Kiénou : Je peux dire que ma passion est héréditaire parce que je suis né de parents agriculteurs. J’ai grandi en voyant mes parents labourer et emblaver des superficies pour la production de plusieurs spéculations. C’est sans doute cela qui a forgé en moi cette passion que j’éprouve pour le monde agricole.

Depuis quand êtes-vous engagé dans l’agriculture ?

A partir de 2003, l’idée d’abandonner les études pour vivre mon rêve qu’est l’agriculture me taraudait l’esprit. Je ressentais une forte envie de quitter l’école pour m’engager dans ce domaine, mais j’hésitais toujours. C’est finalement en 2005 que j’ai pris ma décision en abandonnant l’école alors que j’étais en classe de terminale pour m’engager dans le monde agricole. C’est en plein milieu de l’année scolaire que j’ai quitté l’école. Je m’étais dit qu’après le baccalauréat ça allait être compliqué. Donc il fallait quitter avant l’examen.

En attendant la certification, Ivon Kiénou dispose dans son magasin plus de 300 tonnes de semences

Avez-vous reçu une formation spécifique pour pratiquer l’agriculture ?

Non ! La formation que j’ai eue c’est celle que mes parents m’ont donnée. Je regardais et imitait ce qu’ils faisaient. Après cela, j’ai bénéficié d’un voyage d’études qui m’a conduit en France. Mais à ce moment j’étais déjà de plein pied dans l’agriculture. Du reste, ce voyage d’études concernait le système d’élevage de la France. En outre, j’ai reçu quelques formations spécifiques notamment sur les semences, les engrais…Mais comme je l’ai dit la plus grande formation que j’ai acquise, c’est celle de mes parents. J’ai vraiment appris beaucoup à leurs côtés.

Combien d’hectares exploitez-vous ?

Nous exploitons 270 hectares dont 165 ha sont consacrés à la production semencière.  Nous produisons diverses spéculations. Il s’agit notamment du maïs qui occupe 80% de la superficie, du riz, du sorgho, du mil, du sésame et de l’arachide. Nous exploitons toute cette superficie avec une dizaine de tracteurs dont un a été acquis grâce à l’Union nationale des producteurs semenciers du Burkina (UNPSB) et un autre grâce au Conseil régional de la Boucle du Mouhoun.

Pour la campagne agricole qui vient de s’achever combien de tonnes avez-vous produits ?

Actuellement, nous avons plus de 300 tonnes de semence dans notre magasin. Pour le moment le processus de certification suit son cours et nous attendons la fin pour confirmer la quantité de semences obtenues.

En dehors de la production semencière, quelles sont vos autres activités ?

Nous produisons également pour la consommation. Nous avons produit pour la campagne dernière plus de 200 tonnes. Par ailleurs, nous avons associé l’activité agricole à l’élevage et la culture fourragère parce que nous estimons que ces 3 activités vont ensemble. Donc nous nous investissons aussi dans l’élevage notamment dans la multiplication des têtes et l’embouche bovine.

La société MABATA emploie plusieurs personnes

Vous êtes le président directeur général de la société MABATA SCOOPS. Parlez-nous de cette entreprise ?

Mabata signifie en langue nationale bwamu « descendance ancestrale ». L’entreprise a été créée en 2014 sous forme d’entreprise individuelle et formalisée en société en 2016. Cette société exerce dans l’entrepreneuriat agricole notamment dans la production de diverses variétés de semences. Elle s’est fixée pour devise d’ « honorer la terre et nourrir son peuple ». Nous sommes basés à Solenzo dans la région de la Boucle du Mouhoun. Nous employons plus de 25 employés permanents et un chiffre d’affaires estimé à des centaines de millions de francs CFA.

Vous êtes considéré par la jeunesse comme un modèle dans le domaine agricole. Quels sont les conseils que vous avez à prodiguer aux jeunes qui hésitent encore à se lancer dans l’entrepreneuriat agricole ?

La première chose que j’ai à leur dire c’est de ne pas négliger l’activité agricole. L’agriculture n’est pas le plan B de la vie d’une personne.  Il ne faut pas la considérer comme le second choix lorsqu’on ne réussit pas ses études. Nous pouvons réussir dans l’agriculture. Je les encourage à choisir l’agriculture comme un métier, à avoir la confiance en soi et l’amour du travail. Il ne faut pas qu’ils hésitent car ils peuvent bel et bien s’en sortir dans l’agriculture, créer des entreprises et embaucher des gens. Tout cela permettra de réduire le taux de chômage qui est élevé dans notre pays. Il ne faut pas toujours compter sur la fonction publique, on peut se réaliser dans l’agriculture.

A vous entendre le métier d’agriculteur nourrit son homme au Burkina…

Oui bien sûr ! Quand on se donne à fond, ça nourrit son homme. A travers l’agriculture, mes parents m’ont scolarisé, se sont occupés de ma santé, etc. A mon tour, j’arrive à payer les études de certains membres de ma famille, à m’occuper de ma famille et employer plusieurs personnes. Donc pour moi, l’agriculture est aussi un métier qui nourrit son homme comme tout autre métier. C’est un métier dans lequel on peut créer sa propre entreprise et réaliser ses rêves. Quel que soit la formation professionnelle que l’on a, on peut toujours d’un moment à l’autre décider de faire carrière dans l’agriculture et ça donnera un résultat positif. Il faut juste le courage, la volonté, la détermination, ainsi que de la patience, qui sont les clés à mon avis de toute réussite

Ivon Kiénou dans une de ses plantations

Le président du Faso, Roch Marc Christian Kaboré, a lancé l’initiative de production d’un million de tonnes de riz paddy. En tant que producteur semencier, êtes-vous engagés à faire de cette initiative une réalité ?

Nous nous sommes véritablement lancés dans l’atteinte des objectifs de cet engagement présidentiel.  Pour atteindre cet objectif, il faut nécessairement booster la production semencière. Qui parle de production de riz parle de production de semences. A notre niveau, nous avons étendu la superficie de production de semences de riz à 55 ha au lieu de 40 ha comme auparavant. Le défi maintenant c’est l’accompagnement des producteurs dans l’écoulement de leur production. A travers les cantines scolaires, nous nous évertuons à écouler la production de sorte que l’année prochaine on puisse produire encore plus.

Quelles sont les difficultés auxquelles les producteurs semenciers sont confrontés ?  

Nous sommes confrontés à plusieurs défis. Sur le plan de production, il y a le problème des intrants. Il faut le dire le coût des intrants est très élevé sur le marché. Cela entraine nécessairement le coût de production. Il y aussi le changement climatique qui est un phénomène naturel. Cependant, il nous cause d’énormes difficultés. L’autre difficulté, c’est l’écoulement de nos productions. Quand on finit la production, l’écoulement est un véritable casse-tête. Il y a aussi le problème des routes dans notre région la Boucle du Mouhoun. Cela rend encore plus difficile l’écoulement.

Votre mot de fin

 Je voudrais remercier Le Monde Rural pour cette interview qui m’a permis de parler de mon métier d’agriculteur. Mes remerciements vont également à l’endroit de l’Union nationale des producteurs semenciers pour avoir coordonné cette interview.

Interview réalisée par Daouda KINDA

Comments (2)

  1. Wahou!tous mes encouragements!!!

  2. Pour avoir connu et côtoyé ce Monsieur, je suis d’avis avec ce qu’il dit ici. Il est un exemple à suivre et à encourager. L’agriculture ainsi valorisée nous démontre à tel point l’entreprenariat dans ce domaine est productif. Chapeau à lui et au monde rural pour cet interview qui éclairera plus d’un sur cette activité.

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