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Lamoussa Hébié: « La reforestation n’est pas l’apanage des forestiers »

En 2018, le Burkina Faso a institutionnalisé l’organisation de la Journée nationale de l’arbre (JNA) à l’effet de susciter une mobilisation générale des populations pour la restauration des forêts et des terres dégradées. Après Tenkodogo en 2019, Banfora en 2020, Ziniaré, capitale du Plateau central, accueille la 3e édition de la JNA qui se tiendra le 7 août 2021. Dans cette interview qu’il nous a accordé, jeudi 29 juillet 2021, le Colonel major des Eaux et Forêts Lamoussa HEBIE, Directeur Général des Eaux et Forêts, Chef de corps, revient sur les objectifs de la JNA, dresse le bilan des précédentes éditions et décline les enjeux et les contours de cette 3e édition. Lisez plutôt !

Le Quotidien : qu’est-ce qui a milité en faveur de l’institutionnalisation en 2018 de la JNA ?

Lamoussa Hébié : C’est à la suite d’un constat. Le Burkina Faso est un pays désertique qui fait face au phénomène de désertification lié aux pressions sur les ressources naturelles, mais également au changement climatique. Dans ce contexte, il y a des politiques qui sont développées pour voir comment travailler à inverser la tendance. Ainsi, plusieurs initiatives ont été développées. Il y a eu des périodes de reboisement collectif. Sous la révolution, il y a eu les 3 luttes contre la désertification notamment la coupe abusive du bois, la divagation des animaux et les feux de brousse. En plus de cela, il y a eu l’initiative 8 000 villages, 8000 forêts ; un département, une forêt. En tout cas, il y a eu plusieurs initiatives qui visaient à apporter une réponse efficace à la question de la désertification. Chaque année, on met de nombreux plants en terre, mais au bilan les résultats sont mitigés. Conséquence : l’engouement autour de la reforestation a pris un coup. Une réflexion a été menée pour voir ce qui peut être fait pour relancer cela. Des efforts étaient faits, mais la question de sécurisation des sites de reboisement, la qualité des plants et le suivi n’étaient pas suffisamment pris en compte pour assurer d’excellents taux de réussite. Si fait que les évaluations faites ne donnaient pas plus de 25% de taux de réussite. Pourtant, chaque année nous perdons autour de 250 000 hectares de forêt. En comparant les taux de réussite au nombre d’hectares perdus, il est clair qu’il serait difficile pour notre pays d’inverser la tendance. C’est dans ce contexte que l’idée de la JNA a germé. Elle a été institutionnalisée en 2018 avec pour ambition de relancer la mobilisation nationale et internationale autour des reboisements et de voir quelles sont les approches qui peuvent permettre de mieux améliorer les taux de réussite.  Il s’agit de faire en sorte que les sites de reboisement soient sécurisés non seulement sur le plan de la protection, mais aussi sur le plan foncier. Il y a également la question des plants à mettre en terre. Il faut que les plants soient rigoureusement choisis et régulièrement suivis de sorte à augmenter leur taux de réussite. 

Après 2 éditions, quel est le bilan que l’on peut faire ? Y-a-t-il des motifs de satisfaction ?

La première édition qui s’est déroulée à Tenkodogo en 2019 a permis de mettre en terre 5 millions d’arbre au niveau national. En 2020, 6 millions de plants ont été mis en terre sur le plan national et 200 000 dans la région des Cascades qui a accueilli la 2e édition. Pour 2021, l’ambition est de planter 10 millions d’arbres.   

Au-delà de la JNA, il y a la campagne de reforestation…

En fait, la JNA s’inscrit dans la campagne. C’est un mécanisme pour remobiliser la troupe et les inciter à poursuivre les activités de reboisement.

Le thème de cette 3e édition est « Arbre, identité culturelle et cohésion sociale ». Qu’est-ce qui justifie le choix de ce thème ?

Le choix du thème se situe à 3 niveaux. Le premier aspect est la question du contexte national. Le pays traverse une situation particulière et il est important de renforcer la cohésion sociale. A cet effet, le renforcement de la cohésion sociale est un impératif.   Le 2e aspect est que l’arbre a une fonction très importante dans notre société et est un symbole au sein de nos communautés. Les statuettes, les masques, les instruments de musique sont fabriqués à partir des arbres. Aussi, au niveau de la cohésion sociale, quand il y a un problème dans nos villages on se retrouve sous l’arbre à palabre pour le résoudre. Le 3e aspect est en rapport avec le 11 décembre 2021 à Ziniaré. Le thème du 11 décembre est en lien avec la cohésion sociale et nous avons voulu être dans la même dynamique.

Quels sont les enjeux de cette édition ?

 D’abord, il s’agit de faire en sorte que nous puissions maintenir l’engagement politique qu’il y a autour de cette journée nationale. Le président du Faso était présent aux éditions précédentes. L’engagement des premières autorités à cette activité est d’un enjeu majeur. Il y a des panels qui vont se tenir et l’un des panels porte sur la place et le rôle de l’arbre dans nos sociétés traditionnelles. Cela devrait permettre à la population de connaître l’importance de l’arbre.

Quelles sont les grandes lignes de cette édition ?

 Je parlais tantôt des panels. Outre cela, il y aura des activités de plantations d’arbres dans toutes les régions. Mais la plantation officielle va se faire à Ziniaré dans un village de la commune. Au-delà de ça, il y a la cérémonie officielle présidée par le président du Faso au cours de laquelle plusieurs acteurs seront décorés. Il y a, par ailleurs, 3 concours qui seront organisés. Le premier concours vise à récompenser la meilleure région en matière de reboisement. Le second vise à primer la meilleure commune de la région qui accueille la JNA en matière de reboisement. Il consiste à faire l’évaluation des meilleures initiatives des sites de préservation de ressources forestières des communes de la région. Le 3e récompense la meilleure production journalistique en matière de gestion durable des terres. Il est décerné par l’Initiative de la grande muraille verte pour le Sahara et le Sahel. Une foire d’exposition des produits issus de l’arbre (produits forestiers non ligneux, les objets d’art) sera, en outre, organisée.

Au vu des bilans des 2 premières éditions, peut-on conclure que la JNA méritait véritablement d’être institutionnalisée ?

Oui. En effet, la JNA a permis de remobiliser la troupe. Car l’engouement autour de la reforestation avait pris un coup. L’institutionnalisation de la JNA a permis d’inciter les populations à s’engager dans les opérations de reboisement avec un accent particulier sur le suivi. Aujourd’hui, les résultats obtenus sur les sites JNA sont réconfortants parce que nous sommes à 60% de taux de réussite

Avez-vous un appel à lancer ?

Il faut que tous les Burkinabè fassent de la question de la reforestation leur préoccupation. Notre pays est désertique. Pourtant, nous tirons l’essentiel de notre subsistance des ressources naturelles. Je lance un appel à tous les Burkinabè de faire de la reforestation leur cheval de bataille. Nous n’allons pas le regretter. Une fois qu’on arrive à régler cette question de reforestation, nous aurons une meilleure productivité agricole. La reforestation n’est pas l’apanage des forestiers. Tout le monde doit s’impliquer. Si chacun de nous plante un arbre chaque année et qu’il l’entretien, le Burkina Faso sera reverdi. 

Interview réalisée par Daouda KINDA et Fatim Nikiéma (stagiaire)

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