Climat, Environnement

Justice climatique: Des centaines de Burkinabè descendent dans la rue

Près de 500 jeunes ont battu le pavé, samedi 23 octobre 2021, à Ouagadougou, pour interpeller les gouvernants sur la nécessité d’agir en urgence pour sauver la planète des effets néfastes du changement climatique.

Cette marche s’inscrit dans le cadre de la marche mondiale prévue à Glasgow pendant la Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques (COP26) à l’effet d’inciter à l’action pour la limitation de la hausse de la température à 1,5°C. La marche climatique de Ouagadougou est une initiative portée par OXFAM et une cinquantaine d’organisations de la société civiles dont Coordination Nationale des Jeunes pour l’Environnement et le Climat (CONAJEC), le Réseau des Jeunes pour la Protection de l’environnement (RJPE), l’Association Faso Vert, Voix de Femmes, Tous Unis pour le Développement Durable (TUDD) et le Réseau des Jeunes Sahéliens pour le Climat.

A Ouagadougou, la marche est partie de l’Institut Supérieur des Sciences du Sport du Développement humain (ISSDH) à Gounghin pour rallier l’école nationale de la police, bouclant ainsi un circuit de près de 2 kilomètres. « Il y a les effets du changement climatique qui se manifestent par la sécheresse et aussi des inondations. Nous soutenons les petits agriculteurs, les jeunes, les femmes pour qu’il y ait une justice climatique », souligne Issaka Ouandaogo, responsable d’influence Oxfam Burkina.

C’est une marche, dit-il, pour les « pollueurs » face à leur responsabilité. « Ils nous ont promis de mobiliser à partir de 2020 près de 100 milliards de dollars pour venir en appui aux pays du sud. Malheureusement ces fonds ne sont pas encore mobilisés et la marche de ce soir, c’est de leur rappeler leur engagement», insiste-t-il.

« Agir ou périr ensemble« 

Les manifestants, en très grande majorité des jeunes et des femmes, « engagés dans la marche climatique de Ouagadougou » ont dépeint une situation « très grave » qui pourrait « mettre en péril » l’avenir de l’humanité.

«Mettre fin à l’injustice climatique », ont-ils scandé durant la marche. Leur slogan est assez interpellateur : « changements climatiques, agir ou périr ensemble : respectez vos engagements ». Et sur les pancartes et autres écriteaux qu’ils tiennent en main, l’on peut lire: « Stop pollution », « Ma planète, ma vie », « Sauvons la planète pour les générations futures ». A travers cette marche, les manifestants entendent mettre la pression sur les dirigeants mondiaux à quelques jours de la 26e conférence des Nations unies sur le climat (COP26) qui doit se tenir à Glasgow, au Royaume-Uni, du 31 octobre au 12 novembre et qui s’annonce cruciale.

« Nous marchons ici au Burkina Faso pour dire à ces dirigeants qui seront à Glasgow de se rappeler l’accord de Paris, de se rappeler des engagements qu’ils ont pris et de passer à l’action maintenant », lance Olivier Tuina, porte-parole des marcheurs.

Les manifestants sont en très grande majorité des jeunes et des femmes « engagés dans la marche climatique de Ouagadougou »

« Le Burkina Faso est le 14e pays le plus vulnérable au monde aux changements climatiques », rappelle, de son côté, Aboubacar Okana Lougué, Coordonnateur Général de la Coordination nationale des jeunes pour l’environnement et le climat (CONAJEC). Il est aussi le porte-parole des Organisations de la société civile et des ONG engagés dans la marche.

« Durant la saison pluvieuse 2021, certaines communes du Nord (Lorum, Yatenga) sont restées plusieurs jours sans aucune goutte d’eau de pluie reçue, perdant quasiment leurs moyens de subsistance », ajoute-t-il.

Limiter la hausse de la température à 1,5 °

Cela confirme, selon lui, le dernier rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) qui révèle des scénarios d’augmentation de températures de 4 degrés dans les pays de l’intérieur (Mali, Tchad, Burkina Faso, Niger) d’ici à 2100, l’augmentation des évènements climatiques violents et la réduction globale des ressources en eau.

Ainsi, « nous ne sommes pas à l’abri d’une crise humanitaire et d’une augmentation certaine des inégalités socio-économiques ». L’humanité est en danger, les inégalités persistent », alerte M. Lougué.

« Les pluies sont plus intenses, les tempêtes, les inondations et les sécheresses plus nombreuses, plus régulières et plus sévères. Les sols sont plus arides et les réfugiés climatiques plus nombreux d’années en années », poursuit-il.

« La pression sur les zones d’accueil va s’intensifier et les conflits avec », s’inquiète-t-il davantage. Mais l’espoir est tout de même permis, selon lui. Et cela passe par des actions fortes et le respect des engagements des Etats.

Un manifestant tenant une pancarte

Les organisations parties prenantes à la marche ont proposé, dans une déclaration, une multitude d’idées, dont « l’accroissement des ambitions des Contributions Déterminées au niveau National (CDN) afin de limiter la hausse de la température à 1,5 ° conformément à l’Accord de Paris » et la justice climatique au profit des pays vulnérables, des couches défavorisées.

« Il faut que cela soit au cœur des discussions sur les engagements des Etats dans les CDN, le financement climatique, les pertes et dommages tant au niveau des négociations que dans le débat public », lancent-elles.

Les organisations militent aussi pour la mise en place des systèmes sociaux, politiques participatifs et inclusifs qui permettent aux communautés rurales, aux femmes, aux jeunes les plus affectées de faire entendre leur voix, d’accéder aux ressources dont ils ont besoin et de jouir de leurs droits fondamentaux.

« Tout le monde doit s’engager »

Elles exigent également que les engagements pris par les pays développés de mobiliser 100 milliards de dollars par an à partir de 2020 pour la réponse aux changements climatiques dans les pays les moins développés soient respectés, avec une priorité donnée à l’adaptation au changement climatique et un financement sous forme de subventions et non de dettes. « Les prévisions climatiques sont alarmantes. Il faut agir pour ne pas mettre en péril nos vies », lance Amidou, un marcheur.

Olivier Tuina, porte-parole des marcheurs

L’association Suudu Andal qui a pris part à la manifestation pense que « tout le monde doit s’engager » pour interpeller les dirigeants sur la nécessité de limiter la hausse des températures. Pour l’association, « Cette marche se veut être un appel à la justice climatique pour un regard plus rigoureux ». « Notre voix compte, alors nous l’avons exprimé », lance-t-elle.  

« Si nous refusons d’agir ensemble pour sauver l’humanité, la nature se fâchera et nous périrons ensemble », prévient Aboubacar Okana Lougué. Check Sidi Mohamed Traoré, représentant du Ministre de l’environnement, évoque l’importance que le ministère de l’environnement accorde aux questions liées à l’environnement et au climat.

Le Burkina Faso, l’une des premières victimes du désastre écologique annoncé, prend part aux discussions sur le climat. Le pays compte bien faire entendre sa voix à l’occasion de la COP26 qui s’ouvre le 31 octobre au Scottish Event Campus (SEC) à Glasgow.

Daouda KINDA

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*