Climat, Environnement

COP 26 : « le Burkina Faso réclame plus de financements »

 

La COP 26 sur le climat qui se tient à Glasgow en Ecosse du 31 octobre au 12 novembre, a été décrite comme la « dernière chance » de parvenir à maîtriser le changement climatique. Elle se tient une année après le rendez-vous manqué de 2020 lié à la COVID-19 et six ans après l’accord historique de Paris où les 196 pays signataires s’étaient engagés à réduire davantage les émissions de gaz à effet de serre. Dans cette interview qu’il nous a accordé à Glasgow, le Point focal changement climatique du Burkina Faso, par ailleurs négociateur burkinabè à la COP 26, Do Etienne Traoré, décline les enjeux, les défis et les attentes à cette rencontre planétaire pour le Burkina Faso et le reste du monde. Lisez plutôt !

Le Monde Rural : Des leaders sont au chevet de la planète, qui traverse les dures réalités du changement climatique. Dites-nous, quels sont les enjeux de cette COP pour le monde ?

Do Etienne Traoré : La COP 26 se tient une année après le rendez-vous manqué de 2020 lié à la COVID-19. C’est une conférence très décisive pour nous les négociateurs. Malgré la crise sanitaire de la COVID-19, les pays sont très engagés à faire face aux changements climatiques. Dans un contexte d’urgence climatique, l’objectif principal de la COP 26 est de parvenir à prendre des décisions visant à limiter la hausse de la température moyenne de la planète en dessous de 1,5°C. En effet, des études scientifiques ont clairement montré qu’au-delà de 1,5°C, les conséquences écologiques seraient catastrophiques pour toute l’humanité.

Les principales discussions porteront sur les objectifs de neutralité carbone, les politiques visant à aider les communautés vulnérables à s’adapter aux conséquences des changements climatiques et les moyens de financement.

Des délégués du Burkina à la COP 26

La clé du succès de cette COP 26 tient en 5 grands points. Il s’agira d’abord de présenter des plans concrets ambitieux de réduction des gaz à effet de serre à l’horizon 2030 pour tenter de limiter le réchauffement climatique. Ensuite, il faudra régler les points en suspens depuis la COP 21 afin de mettre pleinement en œuvre l’Accord de Paris. En effet, les Etats s’étaient engagés à limiter la hausse des températures. Cette COP 26 offre l’occasion de revenir sur d’anciennes négociations (comment réagir face à la disparition des îles sous les eaux, comment prévenir les déplacements de populations…). A côté de cela, il y a les promesses de financement faites aux pays en voie de développement pour renforcer leur résilience aux changements climatiques. En effet, dans le cadre du Fonds vert pour le climat, les pays développés se sont engagés à mobiliser 100 milliards de dollars d’aides pour les pays en voie de développement. En outre, cette COP 26 vise à proposer de nouvelles solutions d’adaptation et le renforcement de la résilience aux effets des changements climatiques. Par ailleurs, les Etats devront dévoiler un plan à long terme concret pour décarboniser l’économie mondiale et atteindre la neutralité carbone à horizon 2050.

Comment les effets du changement climatique se ressentent dans un pays comme le Burkina Faso, pays sahélien au cœur de l’Afrique de l’ouest, et que tirer d’une telle rencontre ?

Le Burkina Faso est fortement impacté par les changements climatiques. Les principaux risques climatiques fréquemment enregistrés au Burkina Faso sont notamment les inondations, les poches de sécheresse, les fortes températures et les vents violents souvent accompagnés de tempête de sable.

Face aux changements climatiques, le Burkina Faso a élaboré des outils stratégiques qui lui permettent de renforcer sa résilience et de mobiliser des ressources à l’effet de mettre en œuvre des projets et programmes d’adaptation et d’atténuation des changements climatiques. Tout dans le but de réduire sa vulnérabilité et renforcer la résilience des populations.

Le ministre en charge de l’environnement, Siméon Sawadogo, a conduit la délégation du Burkina Faso à la COP 26

A cette conférence, le Burkina Faso en tant que pays partie à la Convention cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) depuis 1993 a son mot à dire pour donner sa vision de la situation et rappeler son engagement à l’effort mondial de réduction des émissions de gaz à effet de serre. En tant que pays vulnérable, le Burkina Faso réclame plus de financement pour mettre en œuvre des projets d’adaptation et d’atténuation aux changements climatiques.

A cette COP, le Burkina Faso a prévu plusieurs rencontres bilatérales avec nos partenaires pour renforcer le partenariat et nouer également d’autres partenariats pour mobiliser plus de financements.

Quelles sont les avancées du Burkina en matière de respect des différentes conventions sur les changements climatiques ?

En matière de respect, il faut dire que cela se situe à 3 niveaux. Premièrement, nous nous sommes engagés avec la Convention cadre des Nations unies sur les changements climatiques. Et au titre de cette convention, il y a des obligations. Il est notamment demandé au Burkina Faso de faire les inventaires des gaz à effets de serre, de communiquer notre niveau d’émission…A ce titre, le Burkina Faso a fait 3 inventaires de gaz à effet de serre et est en train de soumettre sa 3e communication sur les inventaires. Le Burkina Faso a aussi élaboré un rapport biennal actualisé de ces émissions de gaz à effets de serre.

Sous le Protocole de Kyoto qui est un autre instrument juridique de la Convention que le Burkina Faso a ratifié, le pays a mis en place une Autorité nationale désignée du mécanisme pour un développement propre (AND/MDP). Cette autorité permet de mobiliser les ressources issues des marchés carbones. Le 3e instrument est l’Accord de Paris ratifié en 2016 par le Burkina Faso. En 2015, le Burkina Faso a soumis sa première Contribution nationale déterminée (CDN) et l’a actualisé en cette année. L’Accord de Paris exige aux pays de revoir leurs ambitions chaque 5 ans. En clair, sous la Convention cadre des Nations unies, le Burkina Faso respecte les engagements qui lui sont imposés.

Quel est le message du Burkina à cette cop26 ?

Le Burkina Faso prononcera un discours et lancera un appel à la communauté internationale de s’engager davantage pour répondre aux défis des changements climatiques. Le Burkina Faso va également inviter les pays industrialisés qui ont une responsabilité historique dans les émissions de gaz à effet de serre d’assumer leur part selon le principe bien compris de la « responsabilité commune mais différenciée et des capacités respectives ».

Le ministre en charge de l’environnement, Siméon Sawadogo (milieu) présidant une rencontre à Glasgow

Notre pays soutiendra également la position commune africaine sur le climat en lien avec  la mise en œuvre des différentes initiatives africaines à savoir l’Initiative Africaine pour les Energies Renouvelables (IAER), l’Initiative  de l’Adaptation de l’Agriculture en Afrique (triple A) et les 3 commissions climat de l’Afrique que sont la commission Climat du Sahel, la commission de la région du Bassin du Congo  et la commission des États insulaires.

La COP 26 se passe sans les puissances comme la Chine et la Russie qui pourtant sont de gros pollueurs. Quelle pourrait être la conséquence de cette absence sur les conclusions de la rencontre ?

Les négociations se font en groupe en fonction des intérêts. Il n’y a pas de négociations individuelles. Les grandes puissances ont leurs groupes. Et les groupes auxquels ces grandes puissances appartiennent sont bel et bien présents à cette COP. Il y a les Etats Unis, l’Inde, la Chine, la Russie, la France, le Japon…Toutes ces grandes puissances sont présentes.

Il est souvent dit que l’Afrique ne parle pas d’une seule voix lors de ces rencontres,  surtout en ce qui concerne le changement climatique, qu’est-ce qui divise les africains sur ce sujet crucial?

L’Afrique a toujours une position commune. Il existe un Groupe des négociateurs africains où les débats sont menés et les positions sont dégagées dans les différentes rencontres du groupe. Les positions sont aussi alignées avec celle des organisations d’intégration sous régionale comme le CEDEAO et l’UEMOA etc. Il y a eu des rencontres préparatoires pour harmoniser les points de vue.

Que doit donc faire l’Afrique face aux grandes puissances, accusées d’être les grands pollueurs et qui ont la capacité de faire face aux changements climatiques contrairement à nous africains ?

Les émissions de gaz à effet de serre de l’Afrique ne représentent qu’environ 4% des émissions mondiales. Pourtant, les pays africains sont les plus vulnérables aux changements climatiques. C’est pourquoi lors de cette COP l’Afrique appelle les pays développés qui ont la responsabilité historique de ces émissions de gaz à améliorer leurs objectifs absolus de réduction des émissions de gaz à effet de serre et à intensifier la fourniture de soutiens accrus aux pays vulnérables.

L’Afrique appelle ces puissances à respecter leurs engagements en termes de mobilisation des finances pour les pays en développement notamment les 100 milliards de dollars du Fonds Vert pour le Climat.

Interview réalisée par Daouda KINDA

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