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Au Burkina Faso, réussir la transition vers l’énergie solaire

A la Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques (COP26) à Glasgow, l’un des sujets clés est la transition des énergies fossiles vers les énergies propres. Dans cette dynamique, le Burkina Faso ambitionne conformément aux engagements pris à Paris de réussir sa transition vers l’énergie solaire.

Depuis 2016, le Burkina Faso a amorcé sa transition énergétique en profitant du fort potentiel solaire du pays. Plusieurs domiciles et administrations publiques ont abandonné l’énergie thermique pour l’énergie photovoltaïque pour réduire non seulement les coûts de consommation, mais surtout les émissions de gaz à effet de serre.Mais la crise énergétique dans le pays ne date pas d’aujourd’hui. Depuis plusieurs années, le pays vit au rythme des incessantes pannes d’électricité qui s’étendent sur plusieurs heures, surtout pendant la période chaude (avril-juillet). Dans le pays, on n’hésite pas à qualifier l’énergie thermique par « courant jeu de lumière » en raison des fréquentes pannes. Cette situation n’est pas sans conséquence pour les ménages et les entreprises qui le plus souvent font recours aux générateurs diesel privés pour produire de l’électricité en supplément à l’électricité du réseau, engendrant ainsi des émissions de carbone nettement plus élevées. Mais depuis la libéralisation du secteur de l’énergie en 2017, les entreprises et les ménages ont trouvé une parade : l’énergie solaire. A Ouagadougou et à l’intérieur du pays, l’énergie thermique est en train de faire place progressivement à l’énergie solaire, « plus fiable avec moins de risques de délestage ». Il n’y a pas de chiffres officiels pour le moment sur le nombre de ménages et d’entreprises alimentés exclusivement à l’énergie solaire. « L’avantage de l’énergie solaire c’est qu’il est accessible aux consommateurs qui ont un petit budget. Avec parfois 200 euros, on peut s’acheter ne serait qu’un petit branchement pour profiter de l’électricité », a déclaré Inoussa, un spécialiste local qui a installé dans la capitale une entreprise de vente de matériels d’énergie solaire.Si la politique énergétique du Burkina Faso est de plus en plus tournée vers le solaire, c’est parce que le pays veut respecter les engagements qu’il a pris lors de la COP 21. A cette occasion, la délégation burkinabé avait affirmé sa ferme volonté de développer le photovoltaïque pour que 30 % de la consommation électrique nationale soit tirée de l’énergie solaire à l’horizon 2025-2030. « Cela permettra au pays de réduire considérablement les émissions des gaz à effet de serre, ce qui permettra de lutter contre les changements climatiques », analyse Dimitri Wendpayangdé Tientega, ingénieur en Technologies Solaires Appliquées, Associé Gérant de l’entreprise PIC ENERGIE SARL.

« Le Burkina Faso à plus de 3 000 heures d’ensoleillement par an »

Si le Gouvernement a fait l’option stratégique de tirer profit du fort potentiel solaire du pays, c’est parce qu’il ambitionne améliorer la disponibilité en énergie et produire une énergie « propre », selon le ministère de l’Energie. Ce département précise que « le Burkina Faso à plus de 3 000 heures d’ensoleillement par an et cela produit 5,5 kWh/m2/j ».Les bâtiments publics ont adopté la dynamique grâce au ministère de l’Energie qui a entrepris depuis 2018 de doter les infrastructures publiques et sociocommunautaires de systèmes solaires photovoltaïques afin de faciliter leur transition vers les énergies vertes. Cela va leur permettre, par ailleurs, d’assurer une disponibilité permanente de l’électricité et diminuer leur facture d’énergie. 781 centres de santé et de promotion sociale (CSPS), écoles primaires et post primaires et centres d’alphabétisation ; 18 Centres Hospitaliers et 01 Hôpital de District ; 34 centres médicaux ; 13 centres pénitentiaires ; 6 camps militaires et 7 universités sont concernés. 240 chauffes eaux solaires ont été installés dans les CSPS et 2 474 lampadaires pour l’éclairage public dans les localités rurales et les édifices publics. « Tout en assurant la continuité du service public de l’électricité, ces mécanismes apportent une réponse efficace aux problématiques du secteur de l’énergie et accompagnera surtout le Burkina Faso dans sa transition affirmée vers les énergies vertes pour son développement socioéconomique », a déclaré M. Tientega. Selon lui, compte tenu du fait que le Burkina Faso, pays sahélien, est frappé de plein fouet par le changement climatique, des mesures fortes en termes d’adaptation et d’atténuation aux effets des changements climatiques doivent être prises pour accélérer la transition énergétique. « Le solaire est une solution très salvatrice. En réalité, se tourner vers le solaire, c’est donner la chance de restaurer des milliers de forêts, c’est donner la chance à des espèces de survivre, c’est donner l’opportunité de maintenir le taux de réchauffement conformément à la conférence de Paris », a-t-il fait savoir.Dans son plan de développement économique et social, le Burkina Faso a prévu la réalisation de plusieurs centrales solaires dont la plus emblématiques est celle de Zagtouli. Dotée d’une puissance effective de 33,7 mégawatts-crête représentant 4% de la consommation annuelle burkinabè d’électricité, la centrale est l’équivalent de la consommation de 660.000 personnes et son coût économique de production est estimé entre 30 et 40 FCFA/kWh. Un coût nettement inférieur au coût moyen de production de la Société nationale d’électricité du Burkina Faso (Sonabel), qui s’établissait à 133 FCFA par kWh en 2016, selon l’Agence française de développement qui a financé le projet.

« Eviter de compromettre notre avenir »

D’un point de vue environnemental et social, la centrale solaire de Zagtouli permet à ce jour d’économiser 26.000 tonnes de CO2 , selon les responsables du projet. Outre Zagtouli, le Burkina a lancé le programme « Yeleen » (lumière) pour construire une série de centrales solaires, profitant de son fort ensoleillement. « Dans le cadre de ce programme, la construction de nouvelles centrales solaires de 20 et 10 MW a été lancée dans les villes de Koudougou et Kaya. Six autres centrales solaires photovoltaïques d’une puissance cumulée de 176 MW sont en projet », ont indiqué les responsables du projet.Cependant, le Burkina Faso dépend toujours de l’extérieur, notamment la Chine pour s’équiper en panneaux solaires. Toutefois, le pays a inauguré, en septembre 2020, sa première usine de production et d’assemblage de panneaux solaires, la première en Afrique de l’Ouest. D’un coût de 3,2 milliards de francs CFA et baptisée « Faso Energy », cette usine, construite dans la zone industrielle de Kossodo, en périphérie nord de Ouagadougou, aura une production journalière de 200 panneaux solaires.Selon le promoteur de Faso Energy, Moussa Kouanda, la production annuelle permettra d’installer une puissance de 30 mégawatts, soit 3% de la consommation du pays. A l’occasion du lancement de cette usine, le chef du gouvernement burkinabè, Christophe Dabiré a souligné l’importance de « l’utilisation des ressources renouvelables, pour éviter de compromettre notre avenir ». « Nous allons pouvoir offrir à nos concitoyens de l’énergie à bas coût, et faire en sorte qu’ils puissent contribuer au développement économique et social du pays », a-t-il dit.

Des engagements pour les énergies vertes

Au cours du sommet mondial sur le climat qui tire inexorablement vers sa fin, la question de la transition vers les énergies vertes est apparue comme capitale au regard de ses nombreux avantages : peu ou pas d’émissions de gaz à effet de serre, ce qui contribue à ralentir le réchauffement de la planète et à garder l’environnement plus propre plus longtemps. A contrario, les combustibles fossiles, selon les scientifiques, produisent des niveaux élevés de gaz à effet de serre et de dioxyde de carbone, contribuant d’une façon accrue au réchauffement planétaire, au changement climatique et à la dégradation de la qualité de l’air. Dans sa Contribution Déterminée au niveau National (CDN) 2021-2025, l’Etat burkinabè s’engage à réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 31682,3Gg à l’horizon 2030 soit 29,42% par rapport au scénario de référence.A l’image du Burkina Faso, « les pays en développement ont besoin d’environ 1100 milliards $ par an pour lutter contre le changement climatique et assurer la transition vers une énergie propre », a déclaré le directeur exécutif de l’Agence internationale de l’énergie (AIE). De plus, environ 90 % des émissions pourraient provenir des pays en développement, mais 20 % des investissements dans les énergies propres leur sont destinés.Le 2 novembre lors de la COP 26 à Glasgow, l’Alliance mondiale pour l’énergie au service des populations et de la planète (GEAPP) a été lancée avec un fonds de 10 milliards $. Ce fonds permettra de fournir des énergies renouvelables à 1 milliard de personnes en Asie, en Afrique et en Amérique latine.En outre, les chefs d’Etat des pays du G20 – qui représentent près de 80 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre –, se sont engagés à arrêter de subventionner de nouvelles centrales au charbon à l’étranger d’ici à la fin de l’année.On note également que 28 nouveaux membres ont rejoint la Powering Past Coal Alliance (PPCA), une coalition de gouvernements, d’entreprises et d’organisations dont l’ambition est de faire progresser la transition d’une production d’électricité au charbon sans relâche vers une énergie propre. Le nombre de membres de cette Alliance passe désormais à 165 pays, villes, régions et entreprises. 44 pays et 32 ​​entreprises et régions se sont engagés à passer du charbon à l’énergie propre. Toutes ces initiatives devraient permettre de limiter le réchauffement à 1,5 degré plutôt qu’à 2 degrés au-delà duquel « ce serait catastrophique », selon les scientifiques.

« Nous avons besoin d’engagements concrets »

Selon l’agence Ecofin, la technologie et les financements nécessaires à l’atteinte des objectifs climatiques existent déjà, mais la volonté politique ne suit pas. C’est pourquoi, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) a été mandatée par la présidence de la COP 26 pour surveiller l’action climatique, et prévoit des mesures coercitives pour aller plus vite. Le directeur exécutif de l’AIE, Fatih Birol, a annoncé que les pays qui manquent à leurs engagements climatiques recevront des avertissements en 2023, lors du prochain sommet de l’ONU sur le climat.« Les annonces ici à Glasgow sont encourageantes, mais elles sont loin d’être suffisantes. L’écart d’émissions reste une menace dévastatrice. Le déficit de financement et d’adaptation représente une injustice flagrante pour le monde en développement », a déclaré le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres à l’occasion de l’événement de haut niveau Global Climate Action. « Nous avons besoin d’engagements concrets », a-t-il conclu.

Daouda KINDA

Cette histoire a été produite par Climate Tracker

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