Agriculture, Environnement, Gestion durable des terres

La salinisation, une cause importante de désertification (interview)

A l’occasion de la Journée Mondiale des Sols, le Directeur général du Bureau national des sols (BUNASOLS), Dr Mamoudou TRAORE, présente les défis de la gestion durable des sols au Burkina Faso, définit le phénomène de la salinisation des sols et propose des solutions en vue d’y remédier.

Présentez-nous le Bureau national des sols !

Le Bureau National des Sols a été créé en 1974 sous l’appellation de Service National des Sols. C’est en 1987 que le nom actuel a été adopté. C’est un Etablissement public de l’Etat rattaché au Ministère de l’Agriculture, des Aménagements Hydro-Agricoles et de la Mécanisation (MAAHM). La mission du BUNASOLS est de mettre en œuvre de la politique définie par le Gouvernement dans le domaine de la pédologie en vue de promouvoir l’utilisation rationnelle des terres et d’assurer leur protection pour les générations futures. Sa vision est : «A l’horizon 2030, le BUNASOLS est un Centre d’excellence en pédologie contribuant au développement durable du secteur agro-sylvo-pastoral, burkinabè, productif, compétitif et résilient ». Les principales attributions du BUNASOLS consistent à faire l’inventaire et l’évaluation des ressources en terres pour les besoins de la planification et plus particulièrement pour l’élaboration des programmes de développement agricole et répondre aux besoins du pays en matière de pédologie appliquée et d’évaluation des terres. Il lui incombe également de réaliser les études pédologiques et établir des cartes pédologiques et d’aptitude des sols, d’effectuer les analyses de sols, des eaux, des végétaux et des engrais à des fins agricoles et/ou industrielles et contrôler la qualité des engrais et de participer à la formation scientifique des cadres dans le domaine de la pédologie.

Quels sont les différents types de sols rencontrés au Burkina Faso ?

Au Burkina Faso, neuf (09) classes de sols ci-dessous sont rencontrées.Les sols minéraux bruts s’observent sur les cuirasses ou les formations superficielles n’ayant pas encore subi ou ne pouvant pas subir une évolution pédologique. Ces sols n’ont pas de localisation spécifique. Ils sont disséminés sur toute l’étendue du territoire et représentent trois pour cent de la superficie totale du pays.Les sols peu évolués présentent un profil peu différencié dans lequel l’horizon humifère passe au matériau originel par une transition plus ou moins rapide. Cette faible évolution du profil est due soit à un impact peu prononcé du climat soit à l’action de l’érosion qui freine les processus d’altération des matériaux en profondeur. A l’instar des sols minéraux bruts, ils se rencontrent partout. Mais ceux qui présentent un faciès basique sont spécifiques à certaines régions comme le Poni, le Mouhoun; ils couvrent vingt-six pour cent de la superficie totale.Les vertisols se développent sur des roches basiques ou sur des alluvions ou colluvions issues de substratum basique. Ce sont des sols profonds (> 120 cm), de couleur sombre. Cependant ces sols sont pauvres en matière organique, en azote, phosphore et en potassium. Les vertisols se rencontrent particulièrement dans les provinces du Sourou, du Nahouri, du Sanguié, du Boulgou, du Gourma, et du Zoundwéogo. Ils représentent six pour cent de la superficie totale.Les sols isohumiques sont des sols profonds à moyennement profonds, se développant sur des roches cristallines et métamorphiques basiques ou sur des roches sédimentaires calcaires. Leur teinte dominante est généralement rouge en raison de l’altération très poussée des minéraux. Sur le plan chimique, ils sont pauvres en matière organique. Ils sont riches en calcium et magnésium.

Le Directeur général du Bureau national des sols (BUNASOLS), Dr Mamoudou TRAORE

Parfois, les teneurs en sodium peuvent être relativement élevées. Les sols isohumiques sont représentés au Burkina par les sols bruns sub-arides localisés dans le nord du pays. On rencontre les sols bruns dans la partie ouest, sud-ouest, centre-nord, nord-ouest et est du pays. Ils représentent 6 pour cent de la superficie totale. Ces sols ont une bonne teneur minérale, limitée toutefois par des carences en azote, en phosphore et en potassium. Dans la classe des sols à sesquioxydes de fer et de manganèse, c’est la sous-classe des sols ferrugineux tropicaux qui est la plus répandue (39 pour cent). Ses sols sont caractérisés par une pauvreté en éléments minéraux. Les sols ferralitiques se développent sur des grès grossiers (grès à yeux de quartz) avec une pluviométrie comprise entre 1000 et 1200 mm. Ils se rencontrent dans l’ouest du pays, notamment dans les provinces du Houet, du Kénédougou, de la Comoé et dans la partie méridionale de la province du Mouhoun (Bondokuy). Ils représentent 2 pour cent de la superficie totale. Les sols sodiques ou salsodiques sont localisés dans le centre-sud, le centre-nord et à l’est du pays. Ils occupent 5 pour cent de la superficie totale. Ce sont des sols compacts à structure instable. La texture est moyenne à fine. Ils contiennent une quantité importante de sodium échangeable, ce qui explique l’instabilité de la structure. Les sols hydromorphes se rencontrent dans les différentes régions du pays aux alentours des fleuves importants (Mouhoun, Nakanbé, Nazinon), dans les lits majeurs des cours d’eau. Ils représentent 13 pour cent de la superficie du pays. Du point de vue importance, ils viennent en troisième position après les sols ferrugineux et les sols peu évolués.

Quels sont les défis auxquels sont confrontés les sols au Burkina Faso ?

De nombreux défis sont à relever car les sols du pays qui présentent des caractéristiques physico-chimiques et biologiques assez médiocres, une dégradation accélérée, une baisse de la fertilité et partant de la productivité agricole. D’autres défis tiennent à des pratiques culturales majoritairement inadaptées (forte utilisation d’intrants agricoles de qualité souvent non recommandée, faible utilisation de matière organique, faible maitrise et/ou respect du calendrier cultural, etc.) et aux effets endémiques du changement climatique (baisse de la pluviométrie et de la pluviosité, températures souvent excessives, poches de sécheresse récurrentes, etc.) ;

Comment le BUNASOLS et l’ensemble des acteurs entendent-ils relever ces défis ?

La mise en œuvre en œuvre de plusieurs actions permettront de relever ces défis. Il s’agit de l’élaboration par les autorités techniques d’un plan ambitieux de Communication pour une prise de conscience généralisée sur la problématique du sol en matière agricole et la création d’une synergie d’actions et d’expériences entre acteurs des différents départements ministériels concernés par la problématique sol. La définition et l’élaboration concertée d’un plan d’actions et d’une feuille de route renouvelable, la mobilisation des ressources pour la mise en œuvre concertée de la feuille de route et du plan d’actions et le renforcement des capacités opérationnelles (techniques, matérielles et financières) des acteurs directes et indirects intervenant sur les sols s’avèrent nécessaires. Il est important d’assurer un suivi évaluation dynamique et rapproché des actions du plan d’actions.

La Communauté internationale célèbre la Journée Mondiale des Sols chaque 5 décembre. Cette année la commémoration est placée sous le thème : « Stopper la salinisation des sols. Stimuler la productivité des sols ». Pouvez-vous expliquer le phénomène de la salinisation et son impact sur la productivité des sols ?

La salinisation est l’accumulation des sels dans les sols à des niveaux toxiques pour la plupart des plantes, animaux et champignons. C’est une augmentation dans les sols de sels à haute teneur en sodium (sodification) ou hydrosolubles, comme le potassium, magnésium, calcium, chlore, sulfate, carbonate, bicarbonate (salinisation). Le processus de salinisation provient en partie de cycles naturels mais les activités humaines ont aussi un effet amplificateur du fait de l’intensification de l’activité agricole, et de la mauvaise combinaison entre la forte évaporation et l’apport inadapté d’eau d’irrigation en relation avec son contenu en sels. Ses causes sont donc diverses, notamment le réchauffement climatique, la surexploitation ou la dérivation de ressources en eau douce, le défrichement, les incendies de forêt, l’irrigation, certains effluents miniers salés, l’élévation du niveau marin, le recul du trait de côte, les ondes de tempête, l’utilisation de sels de déglaçage. La salinisation est devenue une cause importante de désertification, d’érosion et de dégradation des sols et de l’agriculture et plus largement de la biodiversité. La salinisation affecte négativement la croissance des végétaux, réduit le rendement des récoltes et peut rendre les sols improductifs.

Pays sans littoral, le Burkina Faso fait-il face à la salinisation de ses sols ? Si oui comment y remédier ?

Une étude récente menée par le BUNASOLS a montré qu’une grande partie du sol du Burkina Faso a une salinité nulle à légère. En effet, cette étude montre que plus de 95% des sols ont une salinité nulle pour les trente premiers centimètres contre 94% pour la profondeur de 30-100 cm.Quant à la légèreté de la salinité des sols du Burkina, elle touche environ 4% du territoire pour les trente premiers centimètres de profondeur et environ 5% pour la profondeur des sols de 30-100 cm. Les autres niveaux de salinité et de sodicité affectent chacun moins de 1 % du territoire.Plusieurs actions peuvent concourir à lutter contre la salinisation des sols.L’une des principales voies pour lutter contre la salinisation des sols est de pratiquer une irrigation raisonnée. On peut diminuer effectivement la quantité d’eau apportée, ce qui va diminuer la quantité de sel apportée, donc retarder le franchissement de ce fameux seuil de concentration en sel qui devient incompatible avec le maintien des plantes. Et ça c’est la technique par exemple du goute- à- goutte. Cette technique non seulement économise une ressource rare, qui est l’eau, mais aussi retarde considérablement le processus de salinisation.Une autre technique, c’est d’exporter les sels vers l’extérieur. Cela, ça peut être aussi de provoquer de temps en temps une espèce d’ennoiement du sol, qui va permettre d’exporter les sels vers l’extérieur.On peut aussi planter des rangs d’arbres, de buissons adaptés à ces eaux salées, qui vont jouer ce rôle de pompe à eau, diminuer le niveau de la nappe d’eau et du coup rendre compatible la culture au moins d’un certain nombre de plantes sur un sol qui au départ est très salé.

Auriez-vous un message à l’endroit des acteurs impliqués dans la gestion durable des sols au Burkina Faso ?

Afin de donner une envergure nationale à la célébration de la Journée Mondiale des Sols 2021, le Ministère de l’Agriculture, des Aménagements Hydro-Agricoles et de la Mécanisation a mis en place un Comité National d’Organisation (CNO) présidé par son Secrétaire Général. Ce comité a pour mandat d’œuvrer à une célébration véritablement nationale impliquant désormais tous les acteurs de base et l’ensemble des partenaires concernés dans chacune des treize (13) régions du pays. Au plan national, les réflexions seront orientées autour du thème « Salinisation des sols au Burkina Faso : Quel impact sur la sécurité alimentaire et nutritionnelle ? » Au nom du Secrétaire Général du MAAHM, Président du comité d’organisation de la JMS 2021, j’invite tous les acteurs impliqués dans la gestion des sols à participer massivement à la célébration de cette journée les 06 et 05 décembre.Le secteur agricole représente la principale activité économique du Burkina Faso avec une contribution de 30% au PIB. Dans un tel contexte, la bonne gestion des terres est une priorité nationale dans la quête du pays pour atteindre la sécuritaire alimentaire et nutritionnelle. J’invite toutes les parties prenantes à y jouer leur partition.

DCPM MAAHM

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