Environnement

Reverdir avec la régénération naturelle assistée

Le charbon de bois représente un gros marché à Bamako, capitale du Mali. Presque tout le monde en a besoin pour cuisiner et la population ne cesse de croitre.

Maïmouna Traoré vend du charbon. Ses affaires marchent bien, mais elle est victime de son propre succès. « Il y a de moins en moins d’arbre. C’est affreux. Si vous sortez de la ville, vous comprendrez ce que je veux dire », a-t-elle martelé.

Toni Rinaudo, un agronome australien, employé par une ONG, a trouvé une méthode pour contrer la déforestation qui ravage de vastes pans de l’Afrique. Son travail lui a valu le prix Nobel alternatif. « Quand on prive la terre de sa végétation, elle se dégrade progressivement et devient de moins en moins productive. On peut y faire pousser moins de choses et on en tire moins d’argent. Et les gens sont de plus en plus désespérer. Il y a donc un lien très concret entre les conflits et la dégradation des terres, de même qu’entre les migrations et la dégradation des terres », a-t-il expliqué.

Maïmouna Traoré raconte qu’à présent elle doit aller chercher son charbon à 160 kilomètres de Bamako parce que les sources d’approvisionnement des alentours se sont taries.

Cette situation concerne toutes les grandes villes d’Afrique. La disparition des forêts et la dégradation des terres posent un énorme problème. « Que pouvons-nous faire pour y remédier ? Heureusement, la méthode de régénération naturelle permet de restaurer les arbres et les paysages. Cette méthode peut couteuse, rapide et applicable à grande échelle permet d’enrayer la dégradation », a fait savoir l’agronome.

Dans les années 1980, Rinaudo a découvert qu’un peu partout des réseaux de racines souterraines intacts ne demandaient qu’à repousser et qu’en élaguant les nouvelles pousses, on pouvait aider les arbres et arbustes à se développer. En Afrique, la technique de « régénération naturelle assistée » est développée depuis 2009 pour reforester.

A Yameriga, dans le Nord du Ghana, Samuel a été l’un des premiers agriculteurs à l’adopter, il y a une dizaine d’années. « Cela a changé tant de choses dans mon village. Nous devions aller de plus en plus loin pour faire paitre nos troupeaux et ils étaient la proie des voleurs. Maintenant, les animaux peuvent brouter tout prêt d’ici », a déclaré l’agriculteur.

Mais il reste encore beaucoup à faire. Régulièrement, les paysans s’éloignent de leurs villages pour aller revitaliser les zones dégradées en appliquant la technique de rinaudo. Cette méthode consiste à élaguer les nouvelles pousses qui se forment sur les souches existantes. La méthode de régénération naturelle n’est pas si compliquée. Et elle mise sur un élagage ciblé et sur la protection des nouvelles pousses.

L’avantage de cette méthode par rapport aux nouvelles plantations, c’est que les racines sont déjà présentes et implanter profondément dans le sol.    

Et même quand les pluies sont rares, les racines peuvent aller puiser dans les eaux souterraines. Les arbres peuvent aussi relever le niveau de la nappe phréatique grâce à leurs feuilles qui tombent et se décomposent.

Avec des terres en meilleure santé, Natang a pu augmenter la taille de son troupeau. « Cela nous a beaucoup apporté. La vie était bien plus dure avant. Aujourd’hui, nous avons des revenus décents. Nous pouvons subvenir aux besoins de nos familles, payer l’assurance maladie et les frais de scolarité », a-t-il dit.

A Yameringueur, 82 hectares ont été reboisés pour l’instant, mais de vastes étendues restent dénudées. Les zones dégradées des zones arides renferment peut-être d’innombrables systèmes racinaires intacts qui pourraient donner naissance à des arbres si l’ensemble donnait correctement.

Rinaudo organise des conférences sur la méthode de régénération naturelle d’un bout à l’autre de l’Afrique, y compris dans les pays en crise comme le Mali. Rinaudo consacre sa vie à la restauration des forêts d’Afrique. Selon lui, la régénération de la végétation locale améliore les conditions de vie de millions d’individus. Et l’espoir que cela suscite peut aussi contribuer à transformer le paysage politique dans biens de pays. « Cela pourrait transformer le pays tout entier parce que le potentiel est là. Les gens qui sont autosuffisant sur leurs propres terres sont moins enclins à aller se battre ailleurs. Ils ont des familles à élever et des aspirations quant à la manière de mener leur vie », souligne Rinaudo.

Des villes comme Bamako consomment d’énormes quantités de ressources naturelles même quand celles-ci se raréfient. La restauration de la végétation autour des villes et ailleurs peut améliorer la qualité de vie des populations et peut-être réduire les potentiels de violence et les risques de conflits.  

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