Environnement, Gestion durable des terres

Grande muraille verte: « au départ, il y avait un grand scepticisme »

La Coordination nationale de l’Initiative de la grande muraille verte pour le Sahara et le Sahel (CN-IGMVSS) a dressé, vendredi au cours d’un petit déjeuner de presse, le bilan du Programme de Renforcement des Capacités pour l’IGMVSS– Phase 2 (PRC2-IGMVSS) après 5 ans de mise en œuvre. On retient que c’est un bilan jugé satisfaisant qui a été présenté par Adama Doulkom, coordonnateur national de l’IGMVSS, et ses collaborateurs.

C’est en 2012 que le Programme de renforcement des capacités pour l’IGMVSS a pris corps. Ses objectifs ? Former les acteurs, notamment les agents du ministère en charge de l’environnement dans la zone prioritaire d’intervention sur la gestion durable des terres et sensibiliser les populations pour l’adoption d’attitudes et de comportements positifs en faveur de l’environnement.

Pour y arriver, la Coordination nationale de l’IGMVSS en charge de la mise en œuvre du programme met un point d’honneur sur la communication. A travers les stratégies de communications mises en place, l’IGMVSS entend renforcer son ancrage institutionnel, mais vulgariser les techniques de gestion durable des terres et le partage des expériences réussies en la matière.

Le présidium lors du petit déjeuner de presse

Alors que la 2e phase de ce programme tire vers sa fin, le bilan est jugé satisfaisant par la coordination nationale de l’IGMVSS. C’est un programme qui aura permis d’organiser des ateliers d’information des journalistes sur l’IGMVSS ; des formations à la production de contenus sur la gestion durable des terres (GDT) ; des signatures de convention de partenariat, des caravanes de presse, des formations sur les techniques de GDT, des formations in situ et l’organisation de « Prix Grande Muraille Verte en Journalisme pour la promotion de la gestion durable des terres ». La pertinence des objectifs poursuivis par le PRC2 est jugée très satisfaisante en considération de leur alignement avec les priorités internationales, sous-régionales et nationales ainsi que leur adéquation avec les attentes des bénéficiaires et les priorités du partenaire technique et financier.

Didier Woirin, Administrateur de programme APEFE Burkina

En outre, le programme a permis de réaliser d’importants investissements socio-économiques et environnementaux, notamment à Bourzanga. La prise en compte du genre n’était pas en reste dans les actions de GDT. Elle a même été un facteur clé du succès du programme, foi du coordonnateur national de l’IGMVSS.

En clair, il a permis de développer non seulement le capital humain et institutionnel à l’effet de planifier, mettre en œuvre et suivre les actions de GDT, mais également de mener des actions sur le terrain pour inverser la tendance à la dégradation des terres et des paysages.

La mobilisation sociale est l’un des éléments clés pour mettre en œuvre les activités du programme. L’IGMVSS a mis un accent particulier sur l’implication des populations dans la mise en œuvre du programme, de sorte qu’à la fin elles puissent poursuivre aisément.

C’est clair que la mobilisation des finances a été très capitale dans l’atteinte des objectifs. Et sur ce point, Didier Woirin, Administrateur de programme APEFE Burkina, confie qu’ « au départ nous avions seulement 2 financements, celui de la Coopération belge à hauteur de 1, 5 milliards de FCFA et celui du Burkina Faso à hauteur de 180 millions de FCFA ».

Adama Doulkom, coordonnateur national de l’IGMVSS

Mais par la suite, Wallonie-Bruxelles International (WBI), a permis de mobiliser des financements à hauteur de 300 millions. Ainsi, ce sont environ 2 milliards qui ont été mobilisés pour la mise en œuvre du programme. « Le taux d’exécution physique est de 95% et le taux d’exécution financière avoisine les 100% », a déclaré Didier Woirin.  

L’Administrateur de programme APEFE Burkina dit avoir « une appréciation très positive du programme vu les résultats obtenus ». « Nous avons eu un très bon partenariat avec le ministère de l’environnement et singulièrement la coordination de l’IGMVSS », a indiqué Didier Woirin.

Au vu des résultats satisfaisants du PRC2, une 3e phase de 5 ans d’environ 2 milliards est en élaboration. « Nous avons évalué la 1re et la 2e phase. Les partenaires ont estimé qu’il fallait continuer l’aventure. Cette phase va se concentrer sur les investissements. Pour la 1re phase, nous avons fait des renforcements de capacités. Pour la 2e phase, c’était des renforcements de capacités et un peu d’investissement notamment à Bourzanga. Mais pour la 3e, ce sera beaucoup plus d’investissement et un peu de renforcement de capacités », a fait savoir Adama Doulkom.

Le petit-déjeuner de presse a permis aux journalistes de s’imprégner du bilan du programme

A l’en croire, cette phase va concerner la thématique de la gestion durable des terres, le lien entre la recherche et le développement ainsi que les questions de gouvernance.

L’Initiative de la grande muraille verte pour le Sahara et le Sahel (IGMVSS) est née en 2005 à l’occasion de la 7e session des chefs d’Etat et de gouvernement de la Communauté des Etats sahélo-sahariens qui s’est tenue à Ouagadougou. A l’origine, il s’agissait d’ériger une barrière d’arbres longue de 7000 km environ sur une largeur de 15 km allant de Dakar à Djibouti.

Désormais, cette idée a évolué. Il s’agit maintenant pour chaque pays, au lieu d’ériger un mur de végétation, de conceptualiser plutôt l’Initiative en fonction de ses réalités. Depuis son lancement, le Burkina Faso a adhéré à cette Initiative car « la dégradation des terres touche 34% du territoire national soit 99 234 000 ha avec une progression estimée à environ 105 000 à 250 000 ha par an ces 10 dernières années »

Au Burkina, l’accent est mis sur la récupération des terres dégradées à travers la technique du zaï, des cordons pierreux et autres. Pour ce faire, l’IGMVSS collabore avec des ONG, des collectivités, les populations et des associations qui ont pour cheval de bataille la récupération des terres dégradées et le reverdissement du Burkina.

L’Initiative intervient prioritairement dans les régions du Sahel, du Nord, du Centre-nord, du Plateau central et de l’Est à travers des actions curatives. Elle intervient également dans des zones affectées dans les autres régions par des poches de dégradation des terres à travers des actions préventives pour éviter une dégradation prononcée des terres. 

Présentation du bilan

Se fondant sur le bilan dressé par le rapport d’état d’avancement de la mise en œuvre de l’IGMVSS en 2020, et dans la perspective d’atteindre l’objectif de restauration de 100 millions d’hectares de terres à l’horizon 2030, il a été annoncée « la création de l’Accélérateur de la Grande muraille verte hébergé à la Convention des Nations Unies sur la Lutte contre la Désertification pour mettre en place un système de suivi-évaluation harmonisé autour de 5 piliers d’action et 1 vision ». Les objectifs du PRC2 s’inscrivent en droite ligne avec la vision, les objectifs et les piliers de cet accélérateur, notamment en ses piliers 2 (Restauration des terres et gestion durable des écosystèmes) et 5 (Renforcement de capacités). Ces deux piliers constituent des niches potentielles pertinentes pour de futures interventions avec l’appui de l’APEFE, au regard de l’engament du Burkina Faso de former 27 000 personnes, de restaurer 53 000 Ha de terres dégradées, ce qui va participer à améliorer les conditions de vie de 51 700 ménages vulnérables. 

Ces dernières années, la situation sécuritaire délétère a entravé la mise en œuvre adéquate des actions de l’IGMVSS. Malgré cet état de fait, des stratégies ont été trouvées pour s’adapter à la situation. « C’est au cas par cas que l’adaptation se fait. Nous avons par exemple signé des conventions avec des radios pour sensibiliser les populations sur la problématique. Il y a également les théâtres forum que nous mettons en œuvre », a expliqué Adama Doulkom.

Selon lui, « au départ, il y avait un grand scepticisme dans la mise en œuvre de la grande muraille verte, mais aujourd’hui, nombreux sont les acteurs qui veulent s’y investir ». L’IGMVSS envisage saisir cette opportunité pour les traduire en actions concrètes. Et pour atteindre les objectifs, il faut encore relever plusieurs défis : la mobilisation des ressources, la coordination, la synergie…La Coordination entend s’y atteler.

Daouda KINDA

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