Climat, Environnement

Finance climat : A la COP 26, l’Afrique n’a pas atteint ses objectifs

Pris dans l’étau de la sécheresse, l’insécurité alimentaire, les inondations, les pays africains attendaient de la COP 26 qui s’est tenue à Glasgow en Ecosse, du 1er au 12 novembre 2021, prolongée d’un jour, plus d’engagement des pays développés pour s’adapter aux effets du changement climatique et financer les pertes et dommages. Mais la déception était au rendez-vous en ce qui concerne la finance climat.

En allant à la COP 26, les Africains n’ont pas caché leur ambition. Ils ont affirmé clairement qu’ils allaient mettre la pression aux pays développés afin qu’ils remplissent leur engagement de mobiliser 100 milliards de dollars de financements climat en faveur des pays en développement en 2020.

A l’entame des discussions, Seyni Nafo, porte-parole du Groupe africain des négociateurs à la COP, indiquait qu’« une partie de l’argent serait utilisée pour soulager les agriculteurs qui subissent les conséquences du changement climatique ».

Mais au sortir de la 26e Conférence des Parties sur les changements climatiques (COP26), la déception était au camp africain. Car une fois de plus aucun engagement concret n’a été acté, au grand dam des pays vulnérables. Le groupe africain a accepté de céder à court terme sur la question du financement des pays en développement et sur la prise en compte des « pertes et préjudices » causées essentiellement par les pays industrialisés pour créer un consensus autour du « Pacte de Glasgow pour le climat ».

Le document final souligne la nécessité de mobiliser le financement climatique « de toutes les sources pour atteindre le niveau nécessaire à la réalisation des objectifs de l’accord de Paris, y compris en augmentant sensiblement le soutien aux pays en développement parties, au-delà de 100 milliards de dollars par an ».

Khaoula Jaoui, Coordinatrice du Département Climat de Observatoire du Sahara et du Sahel note un jugement nuancé à l’issue de la COP 26. « Le pacte de Glasgow pour le climat, adopté samedi 13 novembre dans la soirée, soit 27 heures après la clôture prévue, a marqué des points positifs en matière d’engagements climatiques. Cependant, il y a une certaine réticence concernant les énergies fossiles et les financements accordés aux pays du Sud », a-t-elle déclaré. 

Les représentants de différentes organisations de la société civile, dont la jeune activiste ougandaise, Patience Nabukalu, ont dénoncé l’attentisme des dirigeants qui ne daignent pas transformer les mots en actions et ont rappelé que les pays en développement sont toujours en attente des 100 milliards de dollars promis par les Etats riches. Selon Khaoula JAOUI, les Africains se sont indignés par rapport aux ravages du réchauffement climatique sur le continent.

Le représentant du Kenya a résumé la situation de son pays en affirmant que « le réchauffement n’est pas une statistique, c’est une question de vie ou de mort ». Pour Teresa Anderson de l’ONG ActionAid International, le résultat de la COP est tout simplement « une insulte aux millions de personnes dont les vies sont ravagées par la crise climatique ».

« Les négociations ne sont jamais faciles…c’est la nature du consensus et du multilatéralisme », a concédé Patricia Espinosa, Secrétaire exécutive de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC).

La question de l’adaptation et des pertes et dommages a été au cœur des toutes dernières négociations de la COP. Si les pays en développement insistent sur ces points, c’est parce qu’ils subissent de la plus sévères des manières les effets du changement climatique. Pourtant, selon les experts l’Afrique n’est responsable que de 4 % des émissions de gaz à effet de serre. En Afrique, les inondations, la sécheresse, l’insécurité alimentaire ne font que s’accentuer.

Une part importante du budget consacrée à l’adaptation

Pourtant, les économies sont très dépendantes des ressources naturelles, fortement affectées par le changement climatique. Près de 80% des terres agricoles sont actuellement dégradées au Sahel…. Cette situation pourrait être aggravée par la pression démographique, associée au développement de son tissu économique, qui accentue la demande en énergie et en terre agricole. Il urge donc d’introduire des mesures d’atténuation.

Cette préoccupation est partagée par les Nations unies qui dans un rapport d’octobre 2021 ont alerté qu’à l’horizon 2030 « jusqu’à 118 millions de personnes extrêmement pauvres seront exposées à la sécheresse, aux inondations et aux chaleurs extrêmes en Afrique si des mesures adéquates ne sont pas prises ».

L’Afrique consacre déjà une part importante de son budget à l’adaptation. Entre 2 % et 9 % du produit intérieur brut en fonction des Etats est accordé aux programmes d’adaptation. Selon une étude publiée le 8 novembre par l’ONG Christian Aid, les pays vulnérables les plus affectés par les conséquences du réchauffement climatique, situés notamment en Afrique, pourraient voir leur PIB par habitant s’effondrer de plus de 80 % à la fin du siècle dans le pire des scénarios. 

Actuellement, le financement du développement représente la principale source des flux internationaux de financement climatique vers les pays en développement. Toutefois, selon le Climate Funds (novembre 2020), la mobilisation des financements internationaux atteignait près de 80 milliards de dollars en 2018, avec seulement 25 % des fonds alloués à l’Afrique.

Les changements climatiques coûteraient environ 7 à 15 milliards de dollars par an au continent, et l’Afrique subsaharienne, ne recevrait que 5 % du financement climatique total en dehors de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).

« Les pertes et dommages sont désormais à l’ordre du jour politique »

L’Afrique reste donc exclue d’une grande partie des financements disponibles dans le cadre du changement climatique. Sachant que les pays en développement ont besoin de centaines de milliards de dollars par an pour s’adapter aux effets du réchauffement qui sont déjà inévitables. De nombreux experts s’accordent pour dire que l’engagement des pays riches n’est que symbolique. En 2020, l’ONU estimait que les pays en développement ont déjà besoin de 70 milliards de dollars par an pour couvrir les coûts d’adaptation, et auront certainement besoin de 140 à 300 milliards de dollars en 2030.

Selon l’ONU, les coûts annuels de l’adaptation dans les pays en développement pourraient être multipliés par 7, d’ici 2050. Selon l’Alliance panafricaine pour la justice climatique, il est temps que les dirigeants agissent avec la même urgence sur le changement climatique que sur la covid-19.

Sur la question spécifique des pertes et dommages, le résultat est certes un échec, puisqu’aucun nouveau financement dédié n’a été acté mais, paradoxalement, jamais nous n’avions autant avancé sur le dossier, souligne Novethic, un média engagé dans la réalisation des objectifs de développement durable. « Les pertes et dommages sont désormais à l’ordre du jour politique comme jamais auparavant et la seule issue est qu’elles aboutissent à un soutien significatif  » a réagi Mohamed Adow, directeur du Power Shift Africa.

Largement méconnues (du grand public) et ignorées (des pays riches) avant le sommet, les pertes et dommages, jusqu’alors simplement reconnues par l’Accord de Paris, sont désormais inscrites dans le Pacte de Glasgow. Selon Novethic, elles complètent les deux piliers de la Convention des Nations unies sur les changements climatiques de 1992, à savoir la réduction des émissions de gaz à effet de serre (atténuation) et l’adaptation notamment des plus vulnérables aux impacts à venir. 

Des financements soient dirigés vers l’action climat et la restauration des écosystèmes

En outre, en ce qui concerne l’adaptation, de nombreux engagements et promesses ont été prises. En effet, l’Agence française de développement qui consacre 2 milliards d’euros par an à l’adaptation climatique a renouvelé Adapt’Action, une assistance technique associée à des activités de renforcement des capacités pour consolider la gouvernance climat dans plus d’une quinzaine de pays africains.

Une autre annonce intéressante faite lors de la Conférence des Parties, c’est la mise en œuvre du Programme de gestion intégrée des risques climatiques en Afrique. Le Fonds vert pour le climat (FVC) et le Fonds international de développement agricole (FIDA) s’engagent à investir 143,2 millions $ dans l’initiative de la Grande muraille verte, en charge de la mise en œuvre dudit programme.

Ce financement a été annoncé lors de la COP 26 à Glasgow, et va permettre de restaurer les écosystèmes, d’accroître la sécurité alimentaire et générer des emplois dans sept pays du Sahel que sont : le Burkina Faso, le Tchad, la Gambie, le Mali, la Mauritanie, le Niger et le Sénégal. Le financement est composé de 82,8 millions $ provenant du FVC. Les 60,4 millions $ restants ont été fournis par le FIDA, la Banque africaine de développement (BAD) et la Mutuelle panafricaine de gestion des risques (ARC), une institution spécialisée de l’Union africaine.

Quelque 5,4 millions de petits exploitants agricoles et de ruraux vivant dans les sept pays visés devraient parvenir à mieux s’adapter aux changements climatiques et renforcer leur résilience face aux phénomènes météorologiques.

 « Les petits exploitants agricoles nécessitent de toute urgence des investissements pour s’adapter aux effets des changements climatiques, en particulier dans la région du Sahel où leur vie et leurs moyens d’existence sont grandement menacés », a déclaré Gilbert F. Houngbo, Président du FIDA. « Avec un appui financier, des infrastructures et un accès aux technologies, nous pouvons contribuer à créer une nouvelle génération d’exploitants et bâtir des communautés rurales résilientes face aux changements climatiques dans le Sahel », a poursuivi M. Houngbo.

 Pour Yannick Glemarec, Directeur exécutif du Fonds vert pour le climat, « l’investissement de 82,8 millions d’USD du FVC permettra d’améliorer la résilience climatique au Sahel en facilitant l’accès des petits exploitants à des assurances agricoles et en renforçant les services d’information climato-météorologique ».

Le groupe de la Banque mondiale s’est lui aussi engagé pour qu’en 2025, 35 % des financements soient dirigés vers l’action climat. La prochaine COP se tiendra l’année prochaine en Egypte et les Etats africains l’attendent de pieds fermes, avec notamment les questions cruciales de l’adaptation et des pertes et dommages.

Daouda KINDA